C'est fait! Depuis samedi, des articles des collaborateurs du ICI se retrouvent dans le Journal de Montréal. Deviennent-ils scabs malgré eux? À chacun d'en juger.
En décembre 2008, lorsque la direction du ICI a présenté pour la première fois un contrat de cessation totale des droits d'auteur et du droit moral à ses pigistes, l'AJIQ a immédiatement fait le lien : en signant, ces journalistes pourraient un jour voir leurs textes dans un Journal de Montréal en conflit de travail.
Peu de gens ont pris cette éventualité au sérieux. Même le Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal (STIJM) n'y croyait pas.
Dans une lettre publiée dans le Trente du mois de juin, des pigistes du ICI évoquaient la crainte d'être transformés en briseurs de grêve du Journal de Montréal s'ils signaient.
Dans sa réponse, l'éditeur adjoint du ICI, Sylvain Prevate, qualifiait nos (j'étais un des auteurs) propos de « scénarios apocalyptiques ».
Eh bien, je ne vois pas quel pire scénario pourrait accabler un pigiste du ICI aujourd'hui : après avoir été obligé de renoncer à tous ses droits sur ses textes, sans compensation, il voit le matériel qu'il produit à un maigre $55 du feuillet (parfois moins), repris dans le journal qui paie le plus grassement ses journalistes au Canada.
Plusieurs collaborateurs du ICI n'ont jamais signé. Ceux qui collaboraient encore sans avoir signé ont été forcés de cesser au cours des deux derniers mois, le dernier et non le moindre étant le chroniqueur littéraire Michel Vézina.
Difficile de faire des reproches à ceux qui ont signé. Chacun doit gagner sa vie et quand on veut gagner sa vie en journalisme, on ne doit pas compter les sacrifices. Par contre, il fallait énormément de naïveté pour croire que cette signature n'était qu'une formalité.
Ne lançons pas de pierres aux collaborateurs du ICI dont les écrits servent aujourd'hui dans le Journal de Montréal. Le STIJM ne leur offre rien.
Mais personnellement, je ne supporterais pas de voir Quebecor faire naviguer son vaisseau amiral (le JdeM) avec mes textes cédés pour des peanuts. Et encore moins de savoir qu'ils servent à affaiblir un des rares groupes (le STIJM) de journalistes capables de tenir tête à l'Empire.
Catégories: Droits d’auteur, Journalisme indépendant, Le blogue, Nouvelles
@Alexandre: Si le gouvernement n'intervient pas, c'est aussi parce qu'il n'y a pas une grosse pression du public. Regardez les réactions sur certains blogues, c'en est à pleurer: les journalistes du J de M sont des gras durs et ne méritent aucune sympathie, etc. Par ailleurs, si même le syndicat du J de M n'a pas vu venir cette menace (ce qui n'est pas fort fort), ça n'a pas contribué à mettre une grosse pression sur le gouvernement.
N'empêche, les choses bougent un petit peu. Le conflit au Journal de Québec a ouvert les yeux à plusieurs personnes, sur le fait qu'on peut travailler de l'extérieur de l'entreprise (l'agence Nomade) et correspondre malgré tout à la définition d'un briseur de grève. Avec l'évolution des technologies et du télétravail, de telles choses vont se multiplier et les gouvernements vont devoir tôt ou tard s'adapter... surtout si on réussit à en faire un enjeu électoral.
Nous reconnaissons le soutien financier du gouvernement du Canada, par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP), du ministère du Patrimoine canadien pour les coûts reliés à ce projet.
1124, rue Marie-Anne Est, bureau 12
Montréal (Québec) H2J 2B7
(514) 529-3105 (Boîte vocale)
© Tous droits réservés, Association des journalistes indépendants du Québec
Alexandre | 02 février 2009 à 14h03
Il n'y a pas une loi ou quelque chose que le gouvernement peut/devrait appliquer pour protéger les gens qui sont en grève pour défendre leurs conditions de travail ?
Je trouve effectivement dommage qu'on doivent lancer des pierres à des gens qui tente de gagner leur vie alors que je ressens le problème comme étant beaucoup plus profond. Je crois qu'il devrait y avoir une structure de société qui empêche ce genre de chose, pour protéger les individus dans leur droit de grève.
Il me semble que si rien n'est fait coté gouvernement c'est qu'il y a une forme approbation de celui-ci. De toute façon, à ma connaissance, il n'y a pas eu beaucoup de projet de loi protégeant les individus dans le passé contre les abus d'employeur ces dernières années.
Machiavel l'a dit dans le prince. La meilleure façon de vaincre des ennemies et de les faire se battre en eux. L'empire à fait ses devoirs, c'est un combat multi-front qu'on les syndiqués du journal.