Le blogue

30 avril 2009

ICI est mort

par André Dumont


Le Journal ICI s'éteint cette semaine. Ses collaborateurs l'ont appris hier, quelques heures à peine avant le grand public.

Dommage. Pour les défenseurs des conditions de travail des journalistes pigistes, le ICI était un exemple fort utile pour illustrer l'odieux du traitement que nous réservent certains donneurs d'ouvrage.

Le ICI payait depuis des années un minable 55 $ du feuillet. Une critique de disque valait 10 $, pour publication à la fois dans ICI, sur des sites Internet de Quebecor et comme description de produit sur Archambault.ca.

L'an dernier, le ICI a exigé de ses collaborateurs qu'ils signent un contrat d'une indécence encore jamais vue dans l'industrie. Les journalistes devaient renoncer à leur droit moral et céder la gamme complète de leurs droits d'auteurs, sur les œuvres livrées avant et après signature, pour tous les supports existants et qui restent à inventer, pour l'ensemble de la galaxie.

Plusieurs collaborateurs de talent ont refusé de se soumettre à ces conditions. D'autres ont signé, continuant à livrer des articles d'une qualité étonnante compte tenu de ce qu'ils recevaient en échange.

Il faut aussi admettre que le ICI manquait de personnalité. En 1997, ses fondateurs voulaient en faire une alternative plus underground au Voir, qui a continué à s'embourgeoiser plus vite que le Plateau. Quand Quebecor est devenue propriétaire à 100 % du ICI en 1998, les artisans de la première heure ont démissionné en bloc.

Une partie du blâme pour l'absence d'âme au ICI ces dernières années doit être portée par l'éditeur adjoint Sylvain Prevate, qui n'a démontré aucun intérêt à plaider pour la dignité des collaborateurs pigistes auprès des patrons de Quebecor.

Pourtant, il est possible, même à l'intérieur de Quebecor, de diriger une publication avec souci de la qualité du contenu et respect des collaborateurs. Jobboom en est un bel exemple.

François Avard avait raison de traiter Sylvain Prevate de « suppôt de l'Empire » et autre « bras droit de PKP » dans ses chroniques. Ça, ça donnait de la personnalité au journal!

Quebecor allègue que c'est la chute des revenus publicitaires qui force la fermeture du ICI. Soit. J'allègue que toute publication qui méprise ses artisans finit tôt ou tard par s'éteindre.

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Commentaires: 2

gabriel | 30 avril 2009 à 21h59

C'est triste pas simplement pour l'exemple, pour les tracts de l'AJIQ qui n'auront plus cet exemple éloquent de mauvaises conditions. C'est triste surtout parce qu'aussi mal payées qu'elles l'étaient, les piges étaient commandées. Nous voici avec un client de moins pour les pigistes. Et je suis loin d'être certain qu'un autre acteur viendra prendre la part "alternative" du marché. Pas en papier en tout cas, et avant que le web ne paye les piges...

Finalement certains n'auront plus le choix: ils devront prendre au sérieux Jean-Benoît Nadeau pour apprendre à vivre de leur plume. Ça, c'est terrible.

Anne | 30 avril 2009 à 23h48

Je garde de très bons souvenirs du journal Ici. Robert Lévesque y a mis le feu avec ses propos dithyrambiques, Denis Côté y ont fait école...
Ici fut un journal en marge et une voix pour le milieu artistique malgré tout.

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