Le modèle d'affaires des médias est en profonde mutation et le résultat sera tout à l'avantage des pigistes, croit Jean Yves Hinse, ancien cadre chez TVA, aujourd'hui négociateur à la Ville de Montréal et chargé de cours aux HEC.
Jean Yves Hinse nous a partagé sa réflexion sur l'avenir des médias lors d'un récent atelier sur la négociation à l'AJIQ. Il est clair, selon lui, que les médias feront de plus en plus appel aux services de pigistes.
Les médias traditionnels sont aux prises avec d'énormes coûts fixes, les salaires en tête de liste. Justement, les pigistes ne représentent pas un coût fixe.
Autre élément fondamental, d'après Jean Yves Hinse : les médias carburent à la créativité. Or, les « créatifs » ont ce côté artiste qui les pousse à chercher l'indépendance. Pour eux, un emploi permanent serait un frein à l'expression de leur créativité. Vous reconnaissez-vous?
Pour se démarquer par l'originalité de leur contenu, les entreprises de presse ne veulent plus dépendre d'employés permanents. Vaut mieux payer cher pour un « indépendant », qui ne décochera d'autres contrats que si sa créativité est à la hauteur des attentes.
OK pour les vedettes, mais le simple journaliste pigiste là-dedans? Il doit apprendre à se présenter comme une solution, affirme Jean Yves Hinse.
Vous êtes la solution au rédacteur en chef qui cherche des idées, qui ne sait plus où donner de la tête pour épater son lectorat. Vous êtes son lien avec les tendances du terrain, lui qui sort rarement de son bureau.
Le pigiste doit faire valoir sa plus-value, insiste Jean Yves Hinse. Ça peut aller jusqu'à offrir des conseils à un donneur d'ouvrage sur comment damer le pion à son concurrent, augmenter son tirage et par ricochet, ses ventes de pub.
Pour y arriver, il faut d'abord développer une bonne relation d'affaires avec son client. Puis, en lui offrant régulièrement des conseils, vous augmenterez votre valeur à ses yeux. Vous serez alors en bonne position pour de négocier de meilleurs tarifs.
Le contexte actuel entraînera la disparition de plusieurs publications, prédit Jean Yves Hinse. Il y aura plus de pigistes pour moins de travail disponible. De là l'importance d'une démarche collective, comme la création d'un statut professionnel (sur le modèle de l'Union des artistes, par exemple) appuyé d'une loi assurant des tarifs minimaux.
Selon Jean Yves Hinse, les médias qui survivront à la crise sont ceux qui réussiront à offrir un contenu d'une qualité et originalité supérieures. Ils paieront le prix qu'il faut pour attirer chez eux la créativité des pigistes capables d'épater leurs auditoires. À nous d'être au rendez-vous et de cesser de vendre notre talent à rabais.
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Vous avez raison. Mais on verra bien combien de temps les publications qui "servent la même soupe que leurs concurrents" vont survivre. Beaucoup d'entre elles ne sont pas rentables en ce moment et je m'attends à un grand ménage au cours des douze prochains mois.
J'ai souvent vu de ces pigistes avant l'heure, au début des années 1980, qui venaient relancer des journaux avec des idées nouvelles.
Jamais ils n'ont tenu plus de huit mois dans l'entreprise, parce qu'aussitôt leurs réformes en place, c'était quelqu'un de moins dispendieux qui poursuivait leur travail.
Ils ont notamment été les instigateurs des cahiers publicitaires, dans lesquels l'annonceur fournit ses textes.
Le seul journaliste indépendant est celui que soutient un éditeur, en s'avérant lui aussi une caution en information.
Je ne crois pas à l'information achetée en vrac par des fournisseurs affamés et en compétiton les uns avec les autres.
Créativité peut-être, mais c'est surtout la capacité du pigiste à accepter l'incertitude qui va l'aider face à des permanents qui risquent de perdre leur emploi.
Et sa polyvalence, ses habiletés à contribuer à plusieurs formats. Des pigistes qui peuvent faire de la radio, du Web, de l'écrit. Pour vendre des projets sur plusieurs formats à partir de la même recherche.
Tout cela déprendra aussi de la volonté du pigiste à abandonner ses droits d'auteurs puisque ça semble être la nouvelle norme chez les éditeurs que de leur faire signer des contrats impensables.
Intéressant ce que dit M. Hinse, surtout sur le fait de se vendre à rabais. On accepte trop souvent de se vendre à rabais et de céder nos droits, qui sont un peu notre fonds de retraite. Il faut enfin se tenir, se serrer les coudes, refuser des contrats inacceptables.
Par ailleurs, Francis a raison, la polyvalence est primordiale. Je m'en aperçois tous les jours. Lorsque je me fais couper par MaTerre.ca, lorsque un client commande moins souvent à cause de la crise, le fait d'avoir plusieurs cordes à mon arc me permettent de m'en sortir sans problèmes...
Je suis d'accord avec votre analyse. Je suis secrétaire de rédaction et maquettiste indépendante. Je viens de gagner un nouveau client en presse magazine, qui allège ses effectifs internes et s'apprête donc à sous-traiter une partie de la réalisation de ses pages. Il se peut même que d'autres titres du groupe fassent de même.
Mais ça ne sera pas sous forme de pige mais de facturation. Et je pense que ce phénomène va se développer. C'est plus facile et moins onéreux pour une entreprise de payer une facture que de faire une fiche de paye et toutes les formalités de déclaration qui vont avec.
L'autre avantage de l'externalisation, c'est souvent une meilleure productivité.
M Hinse faisait-il une distinction entre journaux et magazines? Parce que je peux imaginer qu'en théorie, les journaux, en coupant dans leur personnel régulier, fassent davantage appel aux pigistes. Mais les magazines, eux, ont plutôt tendance à réduire leurs pages et leurs éditions, non? Ça peut aider les maquettistes indépendantes à trouver davantage de contrats, mais les journalistes... Peut-être voulait-il parler des nouveaux contrats sur Internet?
Ça fait 35 ans que j'entends le même bla bla qui ne mène nulle part! J'ai publié PARTOUT, de Perspectives (La Presse) en passant par L'Actualité, Châtelaine, Commerce, le Devoir, toutes les publications et journaux d'affaires imaginables, Radio-Canada, etc. J'ai été permanent et pigiste, en journalisme, en relations publiques et en publicité (associé, concepteur, etc.).
Et ces 35 ans m'apprennent que la pige (pour l'écrit du moins) est un métier de crève-faim et de souffre-douleur. Je n'ai connu aucun pigiste en 35 ans qui avait des revenus décents, de façon constante. Chaque période de vache grasse est massacrée par des périodes de vaches maigres.Allez me chercher un pigiste qui a les moyens de payer une maison, roule en Audi A3 et se paie des vacances...
Pourtant, actuellement, je suis payé 150$ du feuillet + frais (interurbains et essence) et je considère cela inacceptable. J'avais presque le même tarif en 1983! En plus, on me paie en moins de 2 semaines! Je suis donc privilégié! Où est le problème alors? Le petitesse du marché! Il faut moins des doigts d'une main pour compter les éditeurs potables. Quant à la loyauté, vous pouvez repasser! Le roulement des rédac-en-chef fait en sorte que, tôt ou tard, vous allez perdre vos contrats. Il est dommage que je n'ai pas plus d'espace pour crier haut et fort à tous les jeunes: SORTEZ DE LÀ! Vous allez vous retrouvez sans fond de retraite et un régime RRQ sérieusement handicapé.
Et, non, je ne suis pas un vieux raté... J'ai écrit avec George-Hébert Germain à l'ACtualité, j'ai travaillé avec Jean Paré qui, littérallement, courrait après moi. J'ai tout réussi. Sauf ma vie qui a été un calvaire de comptes en retard, de loyers en retard, de week-end ratés ( à cause de paiements non effectués), de pleurs, d'angoisse, de découragements et de buveries. Et tout cela pour... prouver que je savais écrire!! La pige, c'est de psychose institutionalisée!
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Didier | 17 mars 2009 à 10h12
Tout cela est bien beau, mais cela fonctionnerait dans un monde idéal... celui dans lequel les éditeurs et les rédacteurs en chef aient en tête une volonté marquée d'être originaux... et non pas de se rassurer et de rassurer les publicitaires en servant la même soupe que le concurrent.