05 novembre 2008
Marie-Josée Richard

Lors des dernières élections fédérales canadiennes, certains journalistes autour de moi ont clamé haut et fort quelles étaient leurs allégeances politiques.
Pour tout vous dire, savoir que tel ou tel journaliste est rouge, bleu, vert... ça me rend franchement mal à l'aise. "Je dois être bien pudique" me suis-je dit. Bien sûr, je peux bien brasser quelques idées avec des collègues, entre amis(es) ou en famille, mais comme la religion, j'estime que c'est un choix qui demeure personnel. En fait, mon opinion politique, je l'expose au grand jour... en privé: quand je me retrouve derrière le paravent en carton, seule avec mon coupon de vote, le jour J. Et avec les élections provinciales qui s'en viennent, ça ne risque que de relancer le débat sur la question.
"On est dans un pays libre!", me répondront certains. "Le lecteur a le droit de savoir avec quel parti je campe; il pourra ensuite lire mes propos en toute connaissance de cause." diront d'autres. Mais que dit le code de déontologie du journaliste au juste? Motus et bouche cousue?
Pour en avoir le coeur net, j'ai voulu connaître l'avis de Marc-François Bernier, professeur au Département de communication de l'Université d'Ottawa et titulaire de la Chaire de l'éthique du journalisme. Voici la réponse qu'il m'a fait parvenir:
"Quand un journaliste prétend faire de l'information pour servir le public, il a une obligation de neutralité et d'impartialité, ce qui n'a rien à voir avec l'objectivité - ce qui est un faux débat à mon avis. Le journalisme d'information repose sur ces valeurs fondamentales : intérêt public, vérité et rigueur, neutralité/impartialité, équité et intégrité.
Le journaliste qui prend position et se livre à du journalisme partisan, doit en aviser explicitement ses publics à chaque fois qu'il traite de sujets politiques controversés et de nature partisane. Ce n'est pas vrai que les différents publics se souviennent systématiquement des divulgations qui datent parfois de plusieurs semaines ou de plusieurs jours.
Idéalement, le même journaliste ne devrait pas se livrer à des genres opposés tels l'information et l'opinion car cela soulève des doutes quant à sa neutralité. Cependant, s'il est prêt à vivre avec ce que cela peut coûter pour sa crédibilité et sa légitimité, il n'y a pas de problème, aussi longtemps que les publics sont avisés de la chose. L'important est de ne pas induire le public en erreur tout en demeurent équitable et intègre. On peut faire de l'opinion sans devenir le propagandiste des partis politiques.
Il ne faut finalement pas confondre l'analyse et l'opinion. Faire de l'analyse est possible sans verser dans le journalisme d'opinion."
(Propos recueillis par courriel le 5 novembre 2008)
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Selon vous, l'opinion politique du journaliste devrait-elle être tabou? Est-ce qu'elle a sa place sur la place publique? Est-ce que vous jugez "moins grave" ou "moins important" que le journaliste dévoile ses couleurs quand il travaille dans les sports ou dans le domaine de la culture... que lorsqu'il couvre la politique par exemple? Dites-nous ce que vous en pensez!
Pour en savoir plus sur le code de déontologie du journaliste, vous pouvez vous référer au billet que j'ai écrit en mai dernier:
Petite incursion dans le monde de la déontologie journalistique.
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