
Tout n’est pas rose comme les fleurs d’un pommier au printemps, au pays du soleil levant. Hiromichi Ugaya, un journaliste indépendant de 45 ans, le sait très bien. Le 22 avril dernier, après un an d’un procès qui a mis tout le Japon en émois, le Tribunal lui a finalement imposé de verser 50 millions de yen (près de 500 000$ can.) pour «atteinte à l’honneur et à la crédibilité». Son enquête sur les pratiques douteuses d’un magna de la musique, Oricon, n’avait pas plus au patron de la boîte. Un retour sur les événements s’impose.
Au printemps 2006, Hiromichi Ugaya, un journaliste indépendant aguerri, enquêtait sur les pratiques d’Oricon, un grand joueur de l’industrie de la musique, responsable entre autres choses de l’établissement d’un important «top-50» des meilleurs vendeurs musicaux. Mais voilà, de l’avis de M.Ugaya, des pratiques douteuses avaient infiltré les bureaux de la société (200 employés et plus de 55 millions de $can de chiffre d’affaires en 2006). Allusions à la corruption. Il n’en fallait pas plus pour que l’honneur du magna de la musique soit entaché… Ce qu’il faut savoir, c’est que pour les Japonais, l’honneur a une très très grande valeur. Pas touche.
En fait, Hiromichi Ugaya n’a pas écrit d’article sur Oricon. Il a plutôt été cité à ce sujet dans un article publié dans le magazine Saizo: 20 petites lignes de commentaires. Aux dires d’Ugaya, il aurait été mal cité et les corrections n’auraient pu être faites avant d’aller sous presse. Mais voilà, en novembre 2006, Oricon décide de poursuivre le ji. Ni même l’auteur de l’article, ni même le magazine n’ont été éclaboussés. Selon le journaliste, c’est un non sens: “Cette affaire illustre la facilité avec laquelle il est possible d’intimider les journalistes qui enquêtent”(revue Média, no 16, printemps 2008).
En novembre 2006, Oricon a donc poursuivi le ji pour «atteinte à l’honneur et à la crédibilité». En février 2007, le ji a décidé de poursuivre son poursuivant pour des dommages psychologiques, pertes de temps encourues et atteinte à sa crédibilité en tant que journaliste. Car depuis la sortie de cette affaire, l’homme ne fermait l’œil la nuit qu’avec l’aide de somnifères. En septembre dernier, il est même tombé sans connaissance, victime d’un accident vasculaire. Le juge Yutaka Watahiki vient de lui ordonner d’abandonner sa poursuite. Oricon sort donc grand vainqueur.
Cette histoire, c’était véritablement David contre Goliath. Mais il s’agissait surtout d’un procès décisif pour l’avenir du journalisme, sur cette île qui compte 127 millions d’habitants. Selon Reporter Sans Frontière, le Japon ne fait pas figure de modèle en ce qui a trait à la liberté de la presse. En effet, le pays se classait au rang 51e rang en 2006. Le Canada, 18e. Le pays en tête, la Finlande.
Avec l’un des plus hauts taux de lecteurs de quotidiens au monde, soit 70 millions (un chiffre à en faire baver les éditorialistes d’ici), cette décision du Tribunal fait donc mal à la liberté d’expression. Que retrouvera-t-on désormais dans les pages de ces quotidiens? Des versions formelles, faites de flanelles? Qui voudra désormais faire pression auprès de la population et défendre leurs intérêts? Qui voudra se risquer à mener des enquêtes?
Pour en savoir plus:
Oricon wins suit against writer (The Japan Times)
Oricon: scandale autour du Top50 japonais (Orient Extrême)
Japon: un reporter au tribunal pour crime de lèse-top 50 (Libération)
D’autres ji japonais dans le pétrin: Journalistes sakés (Libération)
Image: Flickr
Catégories: Le blogue, Nouvelles
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