Bulletin L’Indépendant

mai 1997

Avez-vous vu ce symbole?

Par Pascal Lapointe

Il se promène en ville. Il s'est retrouvé dans une publicité publiée par deux quotidiens. Il circule au sommet d'un manifeste rédigé par l'AJIQ, et signé par une dizaine d'associations d'auteurs, de photographes, de créateurs et d'artistes. Comme la pointe d'un iceberg, il signale l'existence d'une campagne chapeautant une vieille lutte pour la défense d'un vieil ami: le droit d'auteur.

Si c'est encore du nouveau pour vous, si vous sautez par-dessus les pages de L'Indépendant chaque fois qu'il est question de droit d'auteur, alors vous êtes vraiment, vraiment, en retard. Au cours des derniers mois, entre les nouveaux dossiers et ceux qui sortent de leur hibernation, entre une victoire contre Transcontinental, une poursuite qui pend au nez de The Gazette et les médias qui commencent tout doucement à évoquer le "problème", ceux qui suivent le dossier ne savent plus où donner de la tête.

Les dossiers qui ont progressé

Protégez-vous. "L'éditeur de la revue Protégez-vous, Jacques Eliott, demandait avant Noël à rencontrer l'AJIQ pour tenter de trouver un terrain d'entente", écrivions-nous il y a deux mois. Depuis, il y a effectivement eu rencontre, mais guère plus.

Depuis l'été 96, moment où les pigistes ont appris que Protégez-vous avait une façon bien à elle de voir la "protection" des journalistes, l'éditeur a fait son bout de chemin: il n'affirme plus être le seul et unique détenteur des droits d'auteur. L'enjeu de tout cela étant un cédérom rassemblant tous les articles des huit années de Protégez-vous.

Les pigistes ont réclamé cet hiver 15% du paiement initial pour réutilisation de leurs textes sur ce cédérom. M. Eliott se disait à ce moment prêt à verser quelque chose, sans plus de précision. Une autre rencontre devait avoir lieu; mais à la mi-mai, l'éditeur n'avait toujours pas rappelé l'AJIQ.

Et le cédérom est paru.

Voir. Il y a un an, juste avant l'ouverture de son site web, Voir s'était empressé de conclure une entente avec l'AJIQ, la première du genre au Québec. Y était reconnue la légitimité d'une compensation pour réutilisation des textes; une promesse de paiement pour les textes réutilisés dans l'édition de Québec; et dans l'attente d'hypothétiques revenus publicitaires sur le site web, rendez-vous était pris pour l'année suivante.

Un an plus tard, la rencontre se fait attendre. Et les pigistes dont les textes sont réutilisés dans l'édition de Québec n'ont pas été payés. Autrement dit, Voir n'a pas respecté son entente.

The Gazette. Le 29 avril 1996, l'avocate des pigistes de la Gazette faisait parvenir au quotidien un avis l'enjoignant de négocier, sans quoi il s'exposait à une poursuite pour "utilisation illégale" d'articles sur les banques électroniques de textes. Ayant obtenu à l'automne l'aide financière du Fonds d'aide au recours collectif, le 7 avril 1997, une pigiste régulière de la Gazette, Nancy Lyon, et 16 autres collaborateurs, déposaient en Cour supérieure des documents demandant la permission d'intenter un recours collectif de 33 millions$ contre Southam et CEDROM-SNi (la principale firme d'archivage électronique au Québec).

Maclean Hunter. Les pigistes-vedettes de L'actualité ayant signé le contrat expédié par l'éditeur Jean Paré (L'Indépendant, janvier 1997), la marge de manoeuvre des autres s'est trouvée considérablement rétrécie. Mais le travail d'information commence à porter fruit. De nombreux collaborateurs de Maclean étaient au dernier congrès, et près de 20 d'entre eux ont participé le 22 avril à une soirée organisée par l'AJIQ. La prise de conscience des enjeux à long terme, enjeux qui, il y a un an encore, paraissaient terriblement lointains, occupe de plus en plus d'esprits.

La campagne

Depuis avril, l'AJIQ vend pour 2$ des macarons jaunes et noirs barrés d'un grand ©, symbole international du copyright. Le manifeste "Des droits d'auteurs pour tous les auteurs", distribué avec le dernier L'Indépendant, a occupé un quart de page le samedi 5 avril dans Le Soleil et Le Devoir - une publicité payée par la FNC-CSN - tandis qu'un "kit du pigiste", dossier d'information pour les nouveaux venus et tous ceux qui s'interrogent, est en préparation.

L'objectif de cette campagne n'est pas tant de faire un tabac médiatique que de faciliter la cohésion: des rencontres ont eu lieu avec d'autres groupes, et en particulier l'Association canadienne des photographes et illustrateurs en communication (CAPIC), dont deux représentants ont participé au Forum sur le droit d'auteur, dans le cadre du dernier congrès. Cette association, la plus importante du genre, est elle aussi en bute à des éditeurs qui tentent de s'arroger tous les droits sur photos et illustrations, et qui expédient des contrats dont les termes rappellent étrangement les contrats destinés aux journalistes. La CAPIC a pour avantage non négligeable d'être composée de gens beaucoup plus militants que le membre moyen de l'AJIQ - sans qu'on comprenne pourquoi - ce qui lui assure une cohésion plus forte - et l'espoir de faire fléchir un éditeur, si tous les photographes et illustrateurs sentent un jour prochain le besoin de faire front commun.

(Première publication: L'indépendant, mai-juin 1997. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)

 

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