Par Pascal Lapointe et Christiane Dupont
On a beaucoup parlé de l'autoroute électronique, pendant les trois jours du congrès Communications 94 (intitulé "Les médias de l'autoroute électronique: un futur sans masse média?"), tenu à la fin-mai sous les auspices du "Réseau international des universités de la communication". Mais comme on en parle beaucoup depuis un an, il n'y a pas, à première vue, de quoi se réjouir. Sauf que, pour une fois, comme en témoigne l'article de Michel Saint-Germain, on a commencé à aborder de front les problèmes - plutôt que de continuellement s'extasier devant le concept, sans trop savoir de quoi on parle.
Le numérique. Le multimédia. L'édition électronique. Les centaines de canaux. Et englobant tout cela, l'autoroute électronique. Au sein de ce tourbillon, a-t-on demandé sporadiquement pendant ces trois jours, que deviennent les journalistes? Ont-ils une responsabilité à assumer?
Oui, bien sûr, a répondu Bernard Descôteaux, rédacteur en chef du Devoir. Mais ce n'est pas nouveau, selon lui. Depuis l'apparition de la télévision, et depuis que l'information-spectacle tente d'y devenir la règle, le journaliste de la presse écrite a une responsabilité particulière, toujours la même: mettre en contexte, analyser, expliquer.
Un noble objectif, mais difficile à appliquer parce que la santé de la presse écrite est dangereusement fragile, selon Alain Saulnier, président de la FPJQ. Il n'a toutefois pas été suivi sur ce terrain, ni par Bernard Descôteaux, ni par le journaliste Normand Lester, de Radio-Canada, pour qui "il y aura toujours une place pour le journalisme de qualité. Le sensationnalisme, il y en a toujours eu", et cela n'a pas empêché les médias dits "sérieux" de prendre leur place.
Certains médias québécois commencent à tourner autour de l'autoroute électronique. Voir y a une boîte postale. La Presse réfléchit, a déclaré Claude Masson. Mais la faible taille du marché rend, "à moyen terme, trop coûteux et non rentables" la création de services semblables à ceux qu'offrent plusieurs quotidiens américains.
Cette absence est-elle risquée? Qu'arrivera-t-il, a demandé Yves Leclerc, journaliste indépendant et spécialiste de la question, si le rêve de certains promoteurs de l'autoroute de l'information se réalise? Si, un jour prochain, le citoyen devient capable d'aller chercher lui-même toute l'information, sans avoir besoin des médias? Les participants à l'atelier, en tournant autour de la question sans vraiment y répondre, ont en fait démontré que, comme le reste du Québec, ils n'avaient pas encore réfléchi aux implications de l'autoroute électronique. Bref, que celle-ci demeurait, même pour eux, un concept attrayant - et encore - mais très vague. Et très lointain.
(Première publication: L'indépendant, juillet 1994. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)
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