Bulletin L’Indépendant

mai 2005

Comment améliorer la situation des pigistes? Entrevue avec Martine D'Amours

Par Jean-François Barbe

Signataire d'une récente thèse de doctorat sur les travailleurs autonomes, Martine D'Amours, ex-journaliste pigiste, ex-membre du conseil d'administration de l'AJIQ et aujourd'hui professeure à l'Université Concordia, s'est demandée ce qui détermine la rémunération et les conditions de travail des journalistes indépendants. Elle sera présente au congrès de l'AJIQ 2005, à la table ronde de l'après-midi.

Q.: Comment se forme la rémunération des pigistes?
R.: Contrairement aux salariés, il n'y a pas de règles formelles, mais il n'y a pas non plus de marché pur. Les rédacteurs en chef ont leur noyau dur. Il y a une hiérarchie: plus on se rapproche du rédacteur en chef, mieux on est payé, et plus on récolte de commandes. Les tarifs dépendent également du type de publication.

Q.: Et les conditions de travail?
R.: La différence avec les salariés est énorme, car le risque n'est pas partagé. S'il y a grossesse, maladie, poursuite judiciaire, hypothèse d'article (aboutira-t-on à un gros ou à un petit article?), tous les risques sont assumés par le pigiste.

Q.: La situation du pigiste est instable, par exemple si le rédacteur en chef change d'emploi...
R.: En effet, mais il y a de plus en plus de travailleurs dont c'est le lot; des gens qui sont payés selon la prestation plutôt qu'à salaire.

Q.: Comment créer des relations d'affaires plus stables?
R.: Par des contrats individuels de service (qui ne touchent, dans le meilleur des cas, que les droits d'auteur) ou des contrats collectifs de travail.

Q.: Êtes-vous optimiste sur la capacité des pigistes à disposer un jour de contrats collectifs de travail?
R.: Nous n'aimons pas, sociologues, nous dire "optimistes" ou "pessimistes". Je crois qu'il faut voir la situation globalement, par rapport à l'ensemble de la société. On observe qu'au Québec, le tiers des travailleurs sont atypiques et qu'ils disposent de très peu de règles de travail. Cela pose des questions à tous. Qui paiera pour leurs retraites? Qui paiera le manque à gagner quand ils deviendront parents? On doit s'interroger sur les formes de protection pouvant s'appliquer aux personnes, de plus en plus nombreuses qui sont exclues de toute protection. Je fais partie des sociologues qui croient que les règles sociales sont nécessaires pour juguler le marché...

(Première publication: L'indépendant électronique mai 2005. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)

 

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