Bulletin L’Indépendant

décembre 2004

Des tarifs négociables?

Par Jean-François Parent

Le débat est lancé à la façon d'un pavé dans la mare: "Je connais des journalistes qui refusent de travailler à 150$ le feuillet". René Lewandowski, rédacteur en chef délégué du magazine Droit et Affaires de Transcontinental, réagissait ainsi à l'offre de feuillets payés à "seulement" 150$ dans le cadre de la bourse AJIQ-Le Devoir.

Pour l'essentiel, soutient René Lewandowski, il suffit de négocier pour obtenir de meilleurs tarifs. Des cachets allant jusqu'à 300$ le feuillet sont disponibles sur le marché, dit-il. "Évidemment, poursuit le journaliste indépendant, il y a un pré-requis: que les [patrons] aient envie de vous lire, de travailler avec vous, qu'ils sentent que vous apportez un plus à leur publication."

C'est faux, rétorque Philippe Gauthier. "À peu près chaque fois que j'ai voulu négocier un contrat à la hausse, pour charge de travail plus élevée, par exemple, non seulement on m'a dit que ce n'était pas négociable, mais souvent, on ne m'a plus demandé par la suite".

Entre les deux, il y a cette anecdote de Pierre Sormany, cadre à Radio-Canada. Alors qu'il était rédacteur en chef pour une publication, il explique avoir déjà "été prêt à payer 1800$ pour un texte difficile... que le journaliste ne m'a facturé qu'à 1000$, ou 100$ du feuillet, simplement parce qu'il ne savait pas que je lui aurais dit oui, s'il avait demandé beaucoup plus". Saisissant la balle au bond, Réginald Martel, de La Presse, rétorque que les patrons de presse ont peut-être, eux aussi, un rôle à jouer dans la détermination du juste prix d'une collaboration. "Surtout quand ils ont été pigistes."

Michel Laliberté, du quotidien La Voix de l'Est, estime que d'accepter de "piger" à bas prix nuit à la profession. Un refrain repris par l'AJIQ, qui martèle depuis longtemps qui faut refuser les feuillets à 50$. Pour faire ses frais, il faut couper dans la recherche, voire tourner les coins ronds. Pour l'essentiel, l'argument de Michel Laliberté est qu'il faut dire non aux bas tarifs, justement pour préserver "notre condition à tous".

Rencontrés au hasard du dernier congrès de la FPJQ, plusieurs pigistes et rédacteurs en chef ont parlé d'un marché qui ne serait pas totalement fermé à la négociation. La journaliste Marie Charbonniaud, elle, négocie. Elle explique que "la plupart des bons magazines québécois paient bien au-dessus [des tarifs de base de 100$], soit 125 à 150$ en moyenne, 175 à 200$ pour les reportages très travaillés". Et elle donne des noms: Sélection, Châtelaine, Clin d'oeil, Protégez-Vous.

Et vous, négociez-vous?

(Première publication: L'indépendant électronique, décembre 2004. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)

 

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