Par Jean-François Parent
Il ne restait que cinq minutes pour remettre mon travail de fin de session. J'y avais passé toute la nuit, pendant laquelle j'avais gaspillé de précieuses minutes pour m'auto-flageller. Pourquoi avoir tant attendu? Qu'avais-je besoin d'aller boire plutôt que de lire les 27 livres requis? Qu'est-ce que je pouvais bien connaître à la réification des symboles de la résistance palestinienne? Resterait-il assez de beurre de pinottes pour durer jusqu'à la fin de la rédaction?
Le retard dans les travaux pouvait toujours s'appuyer sur les excuses du chien-mangeur-de-disquettes, de la grand-mère qui n'était pas vraiment morte à la mi-session mais qui a finalement décidé d'expirer, que voulez-vous, ou encore du classique ordinateur bogué.
Aujourd'hui, ce ne sont plus des notes, mais bien des chèques que j'obtiens en retour d'un papier bien ficelé et sans retard. C'est que les rédacs-chef s'attendent à du professionnalisme, au contraire des profs.
Mais nous, prolétaires du verbe, à quoi sommes-nous en droit de nous attendre? Combien de réécritures dois-je effectuer, et pourquoi devrais-je me taper des entrevues supplémentaires parce que finalement, l'autre, là, ne savait pas vraiment ce qu'il voulait?
La question se pose. Voici donc quelques éléments qui devraient toujours faire partie d'une entente écrite entre le journaliste et le rédacteur en chef.
Par exemple, il est admis que le journaliste doit divulguer les conflits d'intérêts potentiels pouvant nuire à la crédibilité du reportage, et appuyer et contre-vérifier toutes les affirmations faites dans celui-ci. Mais une fois le boulot fait, le journaliste n'a pas à se défendre seul dans les cas de poursuites. Au média d'assumer ses responsabilités.
Un média qui met des jours, voire des semaines à répondre aux soumissions de pigistes, que la réponse soit négative ou positive, ça ne fait pas sérieux. Si je prends la peine de passer deux jours à peaufiner un synopsis et à défricher la recherche, je m'attends à ce qu'au moins on me dise ce qu'il en advient.
À cet égard, d'ailleurs, l'Association des réalisateurs américains exige aussi de conserver un droit de propriété intellectuelle sur les angles de traitement de sujet. Assigner un journaliste permanent pour travailler un sujet selon l'angle et le traitement proposés par un pigiste, ça n'est pas très chic.
La révision et la correction, une fois le reportage soumis, doivent être faites avec discernement. Il est important de ne pas vouloir constamment remanier tout et son contraire juste parce que le rédac-chef préfère les adjectifs aux adverbes. Demander plusieurs réécritures, surtout de la part de journalistes expérimentés, ça n'est pas très respectueux.
Le média doit faire preuve de transparence quant à la structure des tarifs qu'il propose. Il est normal qu'un journaliste expérimenté obtienne un meilleur cachet qu'un junior, mais celui-ci doit savoir qu'il a la possibilité d'obtenir plus.
De même, il est normal qu'un média rembourse les coûts engendrés par le journaliste, comme les interurbains, les frais de recherche dans les institutions, etc. Le tarif devrait également refléter le travail effectué, et non seulement le produit final - une entente au feuillet pour un grand reportage peut facilement devenir du cheap labor; au journaliste de faire valoir qu'un budget de recherche est nécessaire, par exemple.
Par ailleurs, si une recherche ou des entrevues supplémentaires sont nécessaires, le tarif doit augmenter. Il en va de même si un reportage doit être réécrit au-delà d'un nombre de fois préétablies.
En retour, le journaliste doit pouvoir s'engager à fournir des reportages bien ficelés, sans failles et sans coquilles, opportuns et dans les délais. Si l'on peut exiger que la révision soit faite dans le respect du style du journaliste, il faut également accepter que si le texte n'est pas dans le ton du média, il faudra le retravailler. Il faut également prendre le temps de bien connaître le média afin de livrer une marchandise respectueuse du ton et qui cible bien le public du média.
(Première publication: L'indépendant électronique, janvier 2004. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)
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