Par Pascal Lapointe
En France, syndicats et associations de journalistes se mobilisent pour empêcher que les pigistes français ne subissent une dégradation de leurs statuts qui les ramènerait au niveau du... Québec!
« La mise à l’écart physique des pigistes, qui travaillent depuis chez eux et ne font que passer dans les rédactions, produit déjà de l’individualisme. Les luttes collectives sont rares. Mais avec cette formule, ce serait encore plus tout benef pour les patrons de presse », lit-on, dans un langage tout français, dans un des communiqués de protestation, émis le 20 novembre par le syndicat SIPM-CNT.
Cette protestation a pour origine un accord, signé le 7 novembre entre des représentants des patrons de presse et deux syndicats minoritaires, accord qui, s’il entrait en vigueur, balaierait la majeure partie des avantages qui distinguent le pigiste français du pigiste québécois : accès à une assurance-salaire, à un « 13e mois » (vacances), et autres bénéfices qui découlent du fait que le pigiste français a, légalement, un statut de salarié, et non de travailleur autonome.
Plusieurs associations se sont rapidement mobilisées et une pétition circule qui, fin-novembre, atteignait les 1200 signatures.
Plus largement, cette protestation coïncide avec d’autres, celles-là entourant les « États généraux » de la presse écrite. À l’origine, le président Nicolas Sarkozy avait convoqué ceux-ci pour aider « une presse au bord du précipice économique. » Dans son discours de lancement, le président avait dénoncé « la paupérisation de la profession avec des journalistes mal payés, mal outillés, précarisés ». Ce qui semblait intéressant pour les pigistes... sauf que le rapport gouvernemental Les médias et le numérique annonçait le pire: très favorable à la concentration de la presse et recommandant entre autres que le journaliste abandonne ses droits d’auteur.
Dénoncés comme une « mise en scène » parce que dominés par des patrons de presse, ces États généraux ont entraîné diverses initiatives depuis la mi-novembre, dans l’espoir de « faire contrepoids » à l’absence des journalistes de ce qui semblent être des processus publics de définition de ce qui pourrait être la presse de demain.
Pour en savoir plus :
Un éditorial du webmagazine Profession : pigiste d’octobre
Un article de Rue89 (17 novembre) sur les États généraux
Un appel à la participation du public de Médiapart
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