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Bulletin L’Indépendant

juillet 1994

J'ai pêché un chèque de 1250$!

Par Alain Demers

Dans la dernière édition de L'Indépendant, Martine D'Amours faisait part de plusieurs cas de non-paiement, dont le mien. Il s'agissait d'une commande effectuée au printemps 93, non réglée en totalité par les Éditions Déca, pour un éventuel supplément "pêche sportive" destiné au journal La Presse. Ce supplément n'a pas été publié. Malgré deux lettes enregistrées dont une de l'AJIQ, l'éditeur me devait encore 1250$.

Pourtant, j'étais sûr que le chèque était bien ferré mais, à tout moment, il menaçait de se décrocher. Il me fallait donc bien manoeuvrer pour le passer à l'épuisette.

Selon les propos de Martine, qui s'était adressée à Me Serge Lavergne du service juridique de la CSN (un très bon guide, même en territoire méconnu), j'en ai déduit qu'il valait mieux poursuivre devant la Cour des petites créances. Le montant étant inférieur à 3000$, j'étais en mesure de procéder.

Le 31 mai, je remplissais donc mon formulaire de requête. Eh bien, le 16 juin, je recevais un paiement final. Je ne saurais dire si l'éditeur a décidé de me payer suite à une correspondance de la Cour, mais la coïncidence est forte.

Il m'aura donc fallu attendre un an pour capturer mon chèque. Une attente si longue que j'ai décidé de le faire empailler, comme preuve de mon histoire de pêche. Les membres de l'AJIQ qui ne me croient pas peuvent toujours venir le voir à mon bureau. Il trône fièrement sur un mur...

De cette aventure, il n'y a pas une morale mais deux. La première: il faut être patient mais si ça ne mord toujours pas après un certain temps, il vaut mieux changer d'endroit. Comme j'avais des preuves et un dossier bien étoffé, je pouvais me permettre d'aller à la Cour des petites créances.

La deuxième: il y a moins de dollars qui nagent dans le ruisseau d'un éditeur junior que dans le réservoir d'un groupe de presse. Bref, il demeure hasardeux de faire affaire avec une petite boîte qui n'a pas de fonds de roulement. Même si des difficultés sont toujours possibles avec les grandes entreprises, les chances de revenir bredouilles sont moins grandes. Comme nous le faisons pour un pourvoyeur ou un guide de pêche, nous devrions à tout le moins exiger des références (entre pêcheurs, on peut s'entraider, non?). En ce qui me concerne, je retourne tendre la perche sur de plus grands territoires. Comme ça, je n'aurai plus besoin de faire empailler mes chèques pour prouver que je suis un bon pêcheur...

(Première publication: L'indépendant, juillet 1994. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)

 

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