La situation géographique relative
Par Cécile Gladel
Vous
habitez où, et depuis combien de temps?
Je suis dans Brome-Missisquoi depuis
novembre 2000.
Pour
qui faites-vous de la pige?
Depuis 2009, essentiellement pour la Voix de
l'Est, le Devoir, la Terre de Chez Nous et Espaces.
Est-ce
facile de travailler à la pige en région?
Je ne peux que parler de ma région à moi et
je ne peux comparer à Montréal puisque, quand j'y demeurais, j'étais à un autre
stade de ma carrière. Mais les contacts que j'y ai développés ont facilité la
transition. Et avec l'Internet, les forfaits pour les interurbains, la
situation géographique devient relative. Je me souviens d'avoir fait une
entrevue avec Art Spiegelman, qui était à New York, alors que, par la fenêtre
de mon bureau, je regardais voler un aigle. D'un autre côté, la géographie est
source de sujets : l'agriculture, le tourisme, etc.
Je ne gagne vraiment pas beaucoup d'argent,
l'été est une saison morte. Mais serait-ce plus facile à Montréal? À Québec ou
Victoriaville? Il faudrait que je
retourne en ville pour pouvoir comparer!
Les
pigistes se plaignent parfois de l'isolement, est-ce plus marqué, quand on est
peu nombreux?
Je ne sais pas. Je ne fréquentais pas plus
de pigistes à Montréal qu'ici, où d'ailleurs je n'en connais pas. Ce serait
sans doute chouette... dans la mesure où on ne serait pas trop en compétition.
Que
faites-vous pour briser l'isolement?
Je vais sur le « terrain » le plus
souvent possible, j'essaie de faire rire la madame du bureau de poste, le gars
qui range les fruits et légumes au IGA, je vais écrire dans les restos, même si
on ne peut pas y fumer.
Est-ce
que le fait d'être membre de l'AJIQ aide les pigistes, surtout à l'extérieur de
Montréal?
Clairement. Une carte de presse, ça fait plus
sérieux, et, concrètement, l'AJIQ m'a aidée lors d'un procès en m'avançant les
fonds. J'aime lire les courriels sur la liste, aller de temps en temps aux
ateliers.
Avec
les nouvelles technologies, n'est-ce pas aussi facile de travailler en région
ou à Montréal ou partout dans le monde?
Oui. Voir plus haut. Mais toujours
travailler chez soi, je trouve ça aliénant. J'ai vécu une renaissance quand
j'ai commencé à plus écrire sur ma région et aller « sur le
terrain », pour reprendre ce cliché qui ne correspond pas très souvent à
la réalité. Rencontrer des gens, visiter des lieux, c'est plus global comme expérience. Je dirais même salutaire
dans mon cas.
Quels
sont vos endroits de prédilections pour aller travailler à l’extérieur de chez vous?
Je vais au Saint-Patrick et au Cafetier pour me désennuyer et y trouver des
idées en parlant avec le monde.
Est-ce
qu’il vous manque quelque chose que vous pourriez avoir dans une plus grande
ville, comme à Montréal?
Les transports en commun. Difficile d'opérer
sans voiture en campagne. Et ça coûte cher.
Quel
est le plus gros avantage de travailler dans une plus petite communauté?
Dans mon cas, il y a une reconnaissance de
la communauté, les gens savent que je parle de ce qui s'y passe le plus
honnêtement possible, et parfois sur la scène nationale.
Y-a-t-il
des désavantages?
Dans un petit milieu, c'est difficile de
faire la différence entre sources et amis. Et l'honnêteté, ça peut créer des
ennemis...
Est-ce
que j'ai oublié de poser une question, quelque chose à ajouter?
Sûrement, mais laquelle? En tout cas, je ne
regrette pas du tout mon déménagement.
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