Bulletin L’Indépendant

juillet 2010

La pige en région : Denis Lord (Brome-Missisquoi )

La situation géographique relative

Par Cécile Gladel

 

Vous habitez où, et depuis combien de temps?

Je suis dans Brome-Missisquoi depuis novembre 2000.

 

Pour qui faites-vous de la pige?

Depuis 2009, essentiellement pour la Voix de l'Est, le Devoir, la Terre de Chez Nous et Espaces.

 

Est-ce facile de travailler à la pige en région?

Je ne peux que parler de ma région à moi et je ne peux comparer à Montréal puisque, quand j'y demeurais, j'étais à un autre stade de ma carrière. Mais les contacts que j'y ai développés ont facilité la transition. Et avec l'Internet, les forfaits pour les interurbains, la situation géographique devient relative. Je me souviens d'avoir fait une entrevue avec Art Spiegelman, qui était à New York, alors que, par la fenêtre de mon bureau, je regardais voler un aigle. D'un autre côté, la géographie est source de sujets : l'agriculture, le tourisme, etc.

 

Je ne gagne vraiment pas beaucoup d'argent, l'été est une saison morte. Mais serait-ce plus facile à Montréal? À Québec ou Victoriaville?  Il faudrait que je retourne en ville pour pouvoir comparer!

 

Les pigistes se plaignent parfois de l'isolement, est-ce plus marqué, quand on est peu nombreux?

Je ne sais pas. Je ne fréquentais pas plus de pigistes à Montréal qu'ici, où d'ailleurs je n'en connais pas. Ce serait sans doute chouette... dans la mesure où on ne serait pas trop en compétition.

 

Que faites-vous pour briser l'isolement?

Je vais sur le « terrain » le plus souvent possible, j'essaie de faire rire la madame du bureau de poste, le gars qui range les fruits et légumes au IGA, je vais écrire dans les restos, même si on ne peut pas y fumer.

 

Est-ce que le fait d'être membre de l'AJIQ aide les pigistes, surtout à l'extérieur de Montréal?

Clairement. Une carte de presse, ça fait plus sérieux, et, concrètement, l'AJIQ m'a aidée lors d'un procès en m'avançant les fonds. J'aime lire les courriels sur la liste, aller de temps en temps aux ateliers.

 

Avec les nouvelles technologies, n'est-ce pas aussi facile de travailler en région ou à Montréal ou partout dans le monde?

Oui. Voir plus haut. Mais toujours travailler chez soi, je trouve ça aliénant. J'ai vécu une renaissance quand j'ai commencé à plus écrire sur ma région et aller « sur le terrain », pour reprendre ce cliché qui ne correspond pas très souvent à la réalité. Rencontrer des gens, visiter des lieux,  c'est plus global comme expérience. Je dirais même salutaire dans mon cas.

 

Quels sont vos endroits de prédilections pour aller travailler à l’extérieur de chez vous?
Je vais au Saint-Patrick et au Cafetier pour me désennuyer et y trouver des idées en parlant avec le monde.

 

Est-ce qu’il vous manque quelque chose que vous pourriez avoir dans une plus grande ville, comme à Montréal?

Les transports en commun. Difficile d'opérer sans voiture en campagne. Et ça coûte cher.

 

Quel est le plus gros avantage de travailler dans une plus petite communauté?

Dans mon cas, il y a une reconnaissance de la communauté, les gens savent que je parle de ce qui s'y passe le plus honnêtement possible, et parfois sur la scène nationale.

 

Y-a-t-il des désavantages?

Dans un petit milieu, c'est difficile de faire la différence entre sources et amis. Et l'honnêteté, ça peut créer des ennemis...

 

Est-ce que j'ai oublié de poser une question, quelque chose à ajouter?

Sûrement, mais laquelle? En tout cas, je ne regrette pas du tout mon déménagement.


 

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