Gabrièle Briggs est née à Gaspé. Elle a complété
son baccalauréat en journalisme à l’UQAM à l’automne 2009. Elle est donc
une toute nouvelle venue dans le monde des pigistes.
Au lieu de rester dans la région de Montréal, où de
nombreux journalistes indépendants résident, cette dernière est retournée dans
sa région d’origine. Le portrait de Gabrièle commence une série de portraits
sur le journalisme indépendant en région. Car il existe plusieurs pigistes qui
ne travaillent pas dans la région de Montréal. L’AJIQ ne veut pas les oublier,
loin de là.
Pourquoi
es-tu retournée en Gaspésie après tes études ?
Je suis revenue travailler dans ma région natale un
peu par hasard. Durant mes études, j’avais un peu écarté de cette éventualité
parce que je ne croyais pas qu'il était possible de faire carrière en Gaspésie.
À l’été 2008, j'ai su que le mensuel gaspésien GRAFFICI offrait un stage
et j'ai sauté sur l'occasion. À la fin de mes études, le journal m’a engagée.
Je suis donc à la fois salariée et pigiste, comme
c'est le cas de la plupart de mes collègues. Depuis mon retour, j'ai effectué
de la pige pour la radio locale, Radio-Gaspésie. J'ai également écrit pour
certains magazines, dont Reflet de
Société et Flaveur.
Est-ce
facile de travailler à la pige en région ?
Ce ne sont pas les offres qui manquent. Dès mon
retour, plusieurs médias m'ont approchée et offert des piges. Je n'ai pas eu à
chercher. En fait, les magazines, journaux et radios de la région ont un besoin
criant de personnel qualifié.
Toutefois, les tarifs de piges ne sont pas toujours
très attrayants. Pour obtenir une rémunération décente, il faut souvent lorgner
du côté des médias des centres urbains. Il y a une certaine demande chez les
journaux et magazines de l'extérieur de la région, qui préfère faire affaire
avec des pigistes déjà sur le terrain. La Gaspésie est riche en sujets de
toutes sortes, surtout quand on s'intéresse au tourisme, à l'alimentation et à
l'environnement.
Les
pigistes se plaignent parfois de l'isolement, est-ce plus marqué quand on est
peu nombreux ?
En Gaspésie, le réseau de journalistes est tricoté
serré et tout le monde se connaît. Il réside une saine compétition entre les
journalistes, qui n’hésitent pas à s'entraider. Cette coopération m'a beaucoup
aidée à mon retour en Gaspésie. Comme je suis « la petite nouvelle »,
j'ai reçu beaucoup d'appuis de la part de personnes expérimentées. Ça a
vraiment changé ma perception du métier. À Montréal, je sentais que la lutte
était beaucoup plus féroce entre les pigistes.
J'ai toutefois l'impression que nous demeurons
isolés du reste de la communauté journalistique. Nous participons peu aux
activités de l'AJIQ et de la FPJQ. Quand il faut faire 12 heures de route pour
y assister, on y repense à deux fois. Nous ne sommes pas non plus sur le même
« buzz » que les autres médias. Les dossiers chauds de Montréal ou de
Québec ne nous font pas autant vibrer. Ici, les enjeux politiques et
économiques sont complètement différents.
Que
fais-tu pour briser l'isolement ?
Comme j'ai quitté Montréal il n'y a pas très
longtemps, il m'arrive d'y revenir pour quelques jours. J'en profite également
pour me ressourcer, me tenir au courant des dernières technologies, suivre des
formations et participer au 6 à 8 de l'AJIQ. Je vois cela comme une période de
décantation.
Avec
les nouvelles technologies, n'est-ce pas aussi facile de travailler en région
ou à Montréal ou partout dans le monde ?
Oui, c'est effectivement plus facile. Je n'imagine pas
comment les journalistes pigistes travaillaient avant l'invention du
courriel ! Le GRAFFICI utilise beaucoup le télétravail. Comme le
territoire à couvrir est très vaste, nous avons un bureau à Gaspé, un bureau à
New Richmond (dans la Baie des Chaleurs), ainsi que des pigistes à
Sainte-Anne-des-Monts et à Percé.
Il y a toutefois un bémol : le service Internet
haute vitesse n'est pas accessible partout en Gaspésie, mais presque uniquement
dans les principales villes. Il m'est par exemple impossible de travailler à
partir de chez moi, puisque j'habite dans un village se situant à une vingtaine
de kilomètres de Gaspé. Cela prend dix minutes uniquement pour accéder à ma
boîte courriel, cinq autres pour prendre un premier message, et s'il y a des
photos, je peux tout simplement oublier ça ! Mais, pour les nostalgiques,
dites-vous que j'entends encore le son si caractéristique du modem qui se
connecte à la ligne téléphonique !
Quels
sont tes endroits de prédilections pour aller travailler à Gaspé ?
Je travaille à partir du bureau du GRAFFICI. Mon
employeur est conscient que ses journalistes doivent aussi faire de la pige et
accepte qu'on utilise ses locaux pour effectuer d'autres contrats. J'aime aussi
le Café des artistes. Pour ceux qui auront la chance de passer à Gaspé cet été,
faites-y un tour, c'est un petit musée en soit. Vous y découvrirez les œuvres
de plusieurs artistes de la région.
Que
te manque-t-il le plus ?
Mes amis, sans aucun doute. La plupart sont
journalistes, ils ont déjà terminé leur baccalauréat ou sont sur le point de le
finir. Je les envie de pouvoir démarrer leur carrière ensemble, s'entraider,
s'encourager, ou même grincher sur les aléas du métier.
Et, bien entendu, toute l'effervescence culturelle
de Montréal. Pour ceux qui se posent la question : oui, il y a un cinéma à
Gaspé… mais il n'a qu'une seule salle.
Est-ce
que j'ai oublié de poser une question ?
Un autre aspect important du métier de journaliste
en région, c'est qu'on appartient à une petite communauté. Tout le monde se
connaît, on est toujours parent avec l'un et avec l'autre. Il est parfois
difficile de ne pas être en situation de conflit d'intérêts. Je dois avoir un
sens de l'éthique toujours en éveil pour m'assurer que mon travail n'est pas
influencé par mes relations.
En même temps, je ne peux pas pour autant
m’empêcher d'être critique envers mon milieu. C'est mon travail et il est
essentiel. En Gaspésie, les journalistes qui dépeignent le côté plus sombre de
la région se font souvent dire qu'ils travaillent « contre » son développement.
Oui, il y a de la pauvreté en Gaspésie, oui la crise a frappé dur, oui
l'alcoolisme, la drogue, la prostitution, la violence conjugale existent ici
aussi. Mais si on n'en parle pas, qui en parlera ?
Quel
est le plus gros avantage de travailler en région ?
La qualité de vie. Je ne voudrais pas élever une
famille à Montréal. La nature, le plein air, le soleil qui se couche sur les
Chic-Chocs, ce sont des choses qui valent toutes les salles de spectacle de
Montréal.
En juillet, lorsqu’après ma journée de travail,
j'irai m'étendre sur une plage de sable fin… je ne regretterai vraiment pas de
travailler en région…
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