Bulletin L’Indépendant

avril 2010

La pige en région : Gabrièle Briggs en Gaspésie


Par Cécile Gladel

Gabrièle Briggs est née à Gaspé. Elle a complété son baccalauréat en journalisme à l’UQAM à l’automne 2009. Elle est donc une toute nouvelle venue dans le monde des pigistes.

 

Au lieu de rester dans la région de Montréal, où de nombreux journalistes indépendants résident, cette dernière est retournée dans sa région d’origine. Le portrait de Gabrièle commence une série de portraits sur le journalisme indépendant en région. Car il existe plusieurs pigistes qui ne travaillent pas dans la région de Montréal. L’AJIQ ne veut pas les oublier, loin de là.

 

Pourquoi es-tu retournée en Gaspésie après tes études ?

Je suis revenue travailler dans ma région natale un peu par hasard. Durant mes études, j’avais un peu écarté de cette éventualité parce que je ne croyais pas qu'il était possible de faire carrière en Gaspésie. À l’été 2008, j'ai su que le mensuel gaspésien GRAFFICI offrait un stage et j'ai sauté sur l'occasion. À la fin de mes études, le journal m’a engagée.

Je suis donc à la fois salariée et pigiste, comme c'est le cas de la plupart de mes collègues. Depuis mon retour, j'ai effectué de la pige pour la radio locale, Radio-Gaspésie. J'ai également écrit pour certains magazines, dont Reflet de Société et Flaveur.

 

Est-ce facile de travailler à la pige en région ?

Ce ne sont pas les offres qui manquent. Dès mon retour, plusieurs médias m'ont approchée et offert des piges. Je n'ai pas eu à chercher. En fait, les magazines, journaux et radios de la région ont un besoin criant de personnel qualifié.

 

Toutefois, les tarifs de piges ne sont pas toujours très attrayants. Pour obtenir une rémunération décente, il faut souvent lorgner du côté des médias des centres urbains. Il y a une certaine demande chez les journaux et magazines de l'extérieur de la région, qui préfère faire affaire avec des pigistes déjà sur le terrain. La Gaspésie est riche en sujets de toutes sortes, surtout quand on s'intéresse au tourisme, à l'alimentation et à l'environnement.

 

Les pigistes se plaignent parfois de l'isolement, est-ce plus marqué quand on est peu nombreux ?

En Gaspésie, le réseau de journalistes est tricoté serré et tout le monde se connaît. Il réside une saine compétition entre les journalistes, qui n’hésitent pas à s'entraider. Cette coopération m'a beaucoup aidée à mon retour en Gaspésie. Comme je suis « la petite nouvelle », j'ai reçu beaucoup d'appuis de la part de personnes expérimentées. Ça a vraiment changé ma perception du métier. À Montréal, je sentais que la lutte était beaucoup plus féroce entre les pigistes.

 

J'ai toutefois l'impression que nous demeurons isolés du reste de la communauté journalistique. Nous participons peu aux activités de l'AJIQ et de la FPJQ. Quand il faut faire 12 heures de route pour y assister, on y repense à deux fois. Nous ne sommes pas non plus sur le même « buzz » que les autres médias. Les dossiers chauds de Montréal ou de Québec ne nous font pas autant vibrer. Ici, les enjeux politiques et économiques sont complètement différents.

 

Que fais-tu pour briser l'isolement ?

 

Comme j'ai quitté Montréal il n'y a pas très longtemps, il m'arrive d'y revenir pour quelques jours. J'en profite également pour me ressourcer, me tenir au courant des dernières technologies, suivre des formations et participer au 6 à 8 de l'AJIQ. Je vois cela comme une période de décantation.

 

Avec les nouvelles technologies, n'est-ce pas aussi facile de travailler en région ou à Montréal ou partout dans le monde ?

 

Oui, c'est effectivement plus facile. Je n'imagine pas comment les journalistes pigistes travaillaient avant l'invention du courriel ! Le GRAFFICI utilise beaucoup le télétravail. Comme le territoire à couvrir est très vaste, nous avons un bureau à Gaspé, un bureau à New Richmond (dans la Baie des Chaleurs), ainsi que des pigistes à Sainte-Anne-des-Monts et à Percé.

 

Il y a toutefois un bémol : le service Internet haute vitesse n'est pas accessible partout en Gaspésie, mais presque uniquement dans les principales villes. Il m'est par exemple impossible de travailler à partir de chez moi, puisque j'habite dans un village se situant à une vingtaine de kilomètres de Gaspé. Cela prend dix minutes uniquement pour accéder à ma boîte courriel, cinq autres pour prendre un premier message, et s'il y a des photos, je peux tout simplement oublier ça ! Mais, pour les nostalgiques, dites-vous que j'entends encore le son si caractéristique du modem qui se connecte à la ligne téléphonique !

 

 

Quels sont tes endroits de prédilections pour aller travailler à Gaspé ?

 

Je travaille à partir du bureau du GRAFFICI. Mon employeur est conscient que ses journalistes doivent aussi faire de la pige et accepte qu'on utilise ses locaux pour effectuer d'autres contrats. J'aime aussi le Café des artistes. Pour ceux qui auront la chance de passer à Gaspé cet été, faites-y un tour, c'est un petit musée en soit. Vous y découvrirez les œuvres de plusieurs artistes de la région.

 

Que te manque-t-il le plus ?

 

Mes amis, sans aucun doute. La plupart sont journalistes, ils ont déjà terminé leur baccalauréat ou sont sur le point de le finir. Je les envie de pouvoir démarrer leur carrière ensemble, s'entraider, s'encourager, ou même grincher sur les aléas du métier.

Et, bien entendu, toute l'effervescence culturelle de Montréal. Pour ceux qui se posent la question : oui, il y a un cinéma à Gaspé… mais il n'a qu'une seule salle.

 

Est-ce que j'ai oublié de poser une question ?

 

Un autre aspect important du métier de journaliste en région, c'est qu'on appartient à une petite communauté. Tout le monde se connaît, on est toujours parent avec l'un et avec l'autre. Il est parfois difficile de ne pas être en situation de conflit d'intérêts. Je dois avoir un sens de l'éthique toujours en éveil pour m'assurer que mon travail n'est pas influencé par mes relations.

 

En même temps, je ne peux pas pour autant m’empêcher d'être critique envers mon milieu. C'est mon travail et il est essentiel. En Gaspésie, les journalistes qui dépeignent le côté plus sombre de la région se font souvent dire qu'ils travaillent « contre » son développement. Oui, il y a de la pauvreté en Gaspésie, oui la crise a frappé dur, oui l'alcoolisme, la drogue, la prostitution, la violence conjugale existent ici aussi. Mais si on n'en parle pas, qui en parlera ?

 

Quel est le plus gros avantage de travailler en région ?

 

La qualité de vie. Je ne voudrais pas élever une famille à Montréal. La nature, le plein air, le soleil qui se couche sur les Chic-Chocs, ce sont des choses qui valent toutes les salles de spectacle de Montréal.

En juillet, lorsqu’après ma journée de travail, j'irai m'étendre sur une plage de sable fin… je ne regretterai vraiment pas de travailler en région…

 

 

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