Par André G. Côté
Si la Commission de reconnaissance des associations d'artistes (CRAA) abonde dans le sens de la preuve qui a été présentée devant elle, c'est-à-dire après une dizaine de jours d'audiences et plus de mille pages de notes sténographiques, les recherchistes devraient normalement obtenir le statut d'artiste en vertu de la loi.
Après tout, il est assez invraisemblable que dans toute la chaîne de production d'une oeuvre télévisuelle, le réalisateur, le directeur photo, les concepteurs des costumes et des maquillages, l'animatrice ou le présentateur, le caméraman, le monteur, le décorateur, le peintre scénique, le technicien des effets spéciaux en infographie soient reconnus comme des artistes alors que ceux et celles qui sont justement chargés de créer le contenu de l'oeuvre, à savoir les recherchistes, ne puissent pas l'être. Les recherchistes seraient en fait le chaînon manquant de la création de l'oeuvre, à moins que la Commission en vienne à la conclusion que le document audiovisuel fait partie de l'oeuvre, et non pas seulement de sa forme!...
C'est à tout le moins ce que tentent de prouver les témoins que produira l'Association des producteurs (APFTQ). Les recherchistes sont tous invités à venir entendre le point de vue des producteurs délégués sur leur travail lors des prochaines audiences. Prenez la peine de vous y rendre: il sera sûrement édifiant de voir de quelle façon le procureur des producteurs s'y prendra pour réduire à sa plus simple expression le travail des recherchistes de façon à les confiner dans un rôle de simple exécutant!
Une rumeur voulant que la reconnaissance des recherchistes aurait pour effet de réduire le rôle créateur du réalisateur a circulé il y a quelque temps. Une discussion entre l'AJIQ et l'Association québécoise des réalisateurs et réalisatrices du cinéma et de télévision a vite fait de dissiper toute mésinterprétation. De plus, l'AQRRCT appuie les démarches de l'AJIQ et reconnaît l'apport éminemment créateur des recherchistes.
Le budget fédéral et les compressions imposées à la CBC-SRC par le ministère du Patrimoine laissent présager un transfert important de la production vers le secteur privé et des coupes de postes massives. La production privée est là pour rester. On aura de plus en plus recours à des recherchistes dont les conditions de travail ne sont nullement définies.
L'AJIQ, un devoir de solidarité
Les conditions de travail qui sévissent actuellement dans la production privée, qu'il s'agisse de rémunération ou de clauses professionnelles, doivent être définies; contrats à la semaine répartis sur plusieurs semaines, influence indue des commanditaires dans le contenu, tâches supplémentaires et non conformes au travail de recherchiste, défense juridique, droits d'auteur et droits de suite, rémunération, avantages sociaux, sont autant de clauses qu'il faudra bientôt négocier. Pour avoir un contrat de travail qui vous convient, il faut que vous participiez à sa rédaction.
Nous avons donc besoin de votre participation, de votre appui et de votre solidarité. De nombreux recherchistes font déjà partie de l'AJIQ; certains d'entre eux ont pris à coeur leur cause et ils ont compris l'importance de joindre une association qui défend les intérêts de tous les journalistes, qu'ils soient au reportage ou à la recherche. Un comité des recherchistes a été formé fin-1993 et il voit à la bonne marche du dossier, et votre participation est plus que bienvenue.
(Première publication: L'indépendant, janvier 1995. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)
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