Bulletin L’Indépendant

mai 2009

Le succès invite le succès : Alexis de Gheldere

Alexis le baroudeur

Par Janick Lemieux et Pierre Bouchard


Autant à l'aise avec la faune bigarrée et givrée des ruelles de Montréal qu'avec une Mère Teresa prodiguant l'art thérapeutique dans un CHLSD du « 450 » ou des rebelles tapis dans la jungle africaine; exultant aussi bien au fond d'un canot que dans l'air raréfié de cimes altières ou sur le dos d'un dromadaire, Alexis de Gheldere n'hésite jamais à délaisser sa zone de confort pour aller à la rencontre de l'autre, l'écouter raconter son histoire et décrire son univers, puis revenir nous le présenter, à l'écran ou sur papier, dans toute son humanité et dignité. Issu d'une famille belge qui a émigré au Chili pour finalement s'établir au Québec, des gens pour qui s'ouvrir et se tourner vers autrui a muté en réflexe de survie, le journaliste-documentariste-aventurier montréalais attribue sa passion pour le monde et inclination pour nos congénères—tout comme sa capacité à évoluer sous tous les climats et latitudes—à cet héritage nomade familial, legs d'un clan migrateur.

Globe-trotter avant tout, Alexis a d'abord mis sa curiosité féconde et incisive sagacité au service d'autres voyageurs en collaborant à la rédaction de plusieurs guides Ulysse. Ses reportages traitant de destinations, qu'on a publiés dans la feue Au Québec, la revue Espaces et, régulièrement depuis 2005, Géo Plein Air, ont aussi contribué à en préparer et inviter plus d'un au voyage, d'éventuels visiteurs dans la Belle Province...et nous révéler ses secrets les mieux gardés!

Approfondissant davantage ses connaissances touchant sa propre cour, que ce soit pour le compte des lecteurs du journal Voir (Montréal), téléspectateurs des émissions Ça manque à ma culture et Le code Chastenay (Télé-Québec), C'est ça la vie (SRC) et Télé Sans Frontières, ou encore les auditeurs de Macadam Tribus (Première Chaîne de Radio-Canada), le baroudeur touche-à-tout sait mettre à profit ses séjours à la maison pour prendre le pouls de la société québécoise. Autant de pauses entre sessions sur la route qui, elles, n'ont cesse de se succéder depuis qu'il a quitté les salles de classe de l'Université de Montréal puis celles de l'Université Concordia, en 1998. Que les diplômes qu'il y a obtenus en Philosophie, Études Latino-Américaines et Musique l'aient rendu apte et idoine aux voyages ou non, la famille de Gheldere avait déjà appris à son rejeton comment bien déchiffrer le « grand livre du monde » et en faire bon usage!

Lors d'un trip en Afrique de l'Ouest riche d'enseignements
, Alexis et ses collègues Charles Gervais et Alexandre Touchette multiplient les entrevues et plans afin de nourrir 6 documentaires qu'a diffusés RDI dans le cadre de l'émission Un Canadien en Afrique. Au Maroc, en Espagne et sur l'archipel arctique de Svalbard, il participe en 2005 au tournage et à la réalisation de vidéos pour la série d'émissions de télé GAP II (CTV). Puis au Vénézuela au cours de la même année, l'infatigable scribe de brousse bourlingueur collabore au repérage, à la recherche et prise de son du documentaire québécois Revoluciòn. Observer de si près le processus révolutionnaire bolivarien en pleine mouvance lui a inspiré la rédaction d'un blogue traitant de la société vénézuélienne qui éclabousse de réalité sur le site onéfien Parole Citoyenne. C'est d'ailleurs à travers ce média des plus démocratiques et branchés qu'il nous sensibilise aux enjeux sociaux, politiques et surtout environnementaux qui devraient nous concerner tous, qu'il laisse libre cours à sa caméra et plume dénonciatrices. Certains intervenants dans le chaud dossier de l'aménagement hydroélectrique de la rivière Rupert l'ont appris à leurs dépens...

Et c'est justement pour décrier les sévices qu'on fait subir à notre Terre, éveiller les consciences et nous rallier—« j'ai le sentiment de devoir communiquer aux êtres humains l'importance extrême de rester connectés avec la nature »—qu'il a conçu avec son comparse Nicolas Boisclair le projet « Chercher le courant », une expédition à canot sur la rivière Romaine visant la préservation de ses écosystèmes et une réflexion sur la manière dont on produit l'énergie au Québec. La mission sur le terrain, une galère de 46 jours sur les rapides de la Romaine, est complétée depuis le 25 août dernier et on besogne toujours en studio pour créer le long-métrage qui devrait « chauffer et éclairer » salles et festivals du continent dès cet automne. On n'a pas fini d'entendre parler d'Alexis le baroudeur, magnanime trotteur investi d'une cause...


 

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