Le puriste
Par Frédérick Lavoie
C’est un
puriste. Et c’est exactement pour cela que dans mes moments de doute sur notre
métier, quand mon idéalisme en prend pour son rhume, je me tourne vers David
Savoie.
En octobre,
David a réalisé ce dont plusieurs journalistes rêvent, sans pour la plupart
oser faire le saut. Après un premier tour d’horizon asiatique en début d’année
(Japon, Vietnam, Cambodge, Thaïlande), il s’est installé à Séoul, une ville où
il n’avait jamais mis les pieds. Chapeau. Il serait pigiste international, basé
en Corée du Sud. La chaîne France 24 lui prendrait quelques reportages chaque
mois, et pour le reste, il devrait remplir son carnet de commandes à gauche et
à droite, en radio, télé et écrit.
Deux mois
plus tard, le carnet s’est relativement épaissi, mais il n’y en a pas de
facile. La Corée du Sud n’est pas le plus «sexy» des pays, médiatiquement
parlant, ni le plus accueillant. Les liens avec les médias européens, eux, sont
longs à développer pour un pigiste québécois (je parle en connaissance de
cause...).
Mais malgré
le stress et les déceptions, cet idéalisme réaliste et cette curiosité sans fin
qui l’ont emmené à ce métier il y a huit ans ne l’ont pas quitté. David, 26
ans, croit toujours qu’il y a de la place pour la profondeur en information.
Que nos publics réussiront à comprendre, même les problèmes les plus complexes,
si on arrive à bien leur expliquer. Et plus important encore, il sait agir en
ce sens.
David n’est
pas le plus exubérant des journalistes. Sérieux, trop sérieux peut-être parfois.
Mais le plus souvent, c’est pour les bonnes raisons. Parce qu’il croit à ce
journalisme qui n’est pas laissé à la légère, à ce chien de garde de la
démocratie, à cet écarquilleur d’horizons et de consciences que nous nous
devons d’être.
Je l’ai dit,
un puriste. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il prétend détenir la science
infuse. Bien au contraire. Il est de ceux qui savent mettre leur égo de côté
pour critiquer et se laisser critiquer. De ceux qui croient qu’on n’est jamais
un assez bon journaliste.
J’ai connu
David en 2006, alors que nous étions étudiants à la maîtrise en journalisme
international à l’Université Laval. Trois ans plus tard, j’ai toujours
l’impression d’être sur les bancs de l’école continue du journalisme à travers
les échanges épistolaires de nos réussites, de nos doutes et nos frustrations.
Je n’ai pas
voulu dresser un portrait complaisant de ce collègue-ami. Il m’aurait reproché
mon manque de rigueur, plus qu’il ne me reprochera d’avoir fait ressortir ses
travers. Je l’ai dit, un puriste. Et pour moi, un collègue, un ami et
justement, un empêcheur de se complaire en rond.
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