«Ton papier fait douze feuillets. Ça m’intéresse,
mais faudrait que t’en coupes six ». C’est à Esther Pilon que je dois mon
baptême dans le « vrai » monde de la pige. Quelque part en 2003,
tannée d’écrire des biographies insipides pour le 7 Jours, j’avais cogné à la
porte du ICI, où elle occupait le poste de chef de pupitre société. Un peu
beaucoup novice, je lui avais envoyé, on
spec, une entrevue-fleuve avec Greg Palast, un auteur américain qui avait
enquêté sur les magouilles électorales de George W. Bush. Elle ne m’a pas prise
par la main, elle n’a pas fait dans la dentelle, et elle m’a rendu un très
grand service en m’apprenant à couper dans le gras.
Des années plus tard, assise sur sa terrasse à
grignoter des olives et à boire du vin, je trouve qu’elle n’a pas changé – ou
si peu. Si elle dit « oui, oui, je sais » quand je lui raconte mes
histoires de cœur, ce n’est pas parce que je l’ennuie, mais bien parce qu’elle
a déjà deviné toute l’intrigue il y a une demi-heure. Elle se décrit elle-même
comme un « petit tank divertissant », mais moi, je la trouve pas mal
plus vite qu’un tank, si petit soit-il.
On ne s’étonne pas que des producteurs et
réalisateurs sur des émissions convoitées – d’abord à Infoman, ensuite à
Christiane Charette et aujourd’hui à Club Social à TV5- soient venus lui
chanter la pomme. Elle a le don de trouver LE sujet de l’heure : le truc
amusant, intrigant, un peu provocant, qui fait réfléchir à nos travers de
société.
Mais ce n’est pas juste un don. Esther, c’est une
battante. Une fille qui n’a pas peur de travailler fort. Alors qu’elle pourrait
se la couler douce tout l’été en vacances de « son » Club Social,
elle préfère aller donner un coup de main sur l’équipe de Bons Baisers de
France.
Et justement parce qu’elle bosse beaucoup, ça
l’emmerde un peu d’avoir l’impression d’être considérée comme étant moins
journaliste parce qu’elle porte aujourd’hui le chapeau de recherchiste. Son nom
n’apparaît peut-être plus aussi souvent en caractères imprimés, mais elle a la
chance de travailler sur des dossiers hyper stimulants, et la possibilité de
prendre part en amont au processus créatif et éditorial des émissions sur
lesquelles elle travaille. Sa signature est encore bien là.
En attendant que quelqu’un ait la bonne idée de lui
mettre un micro entre les mains pour qu’elle nous livre elle-même ses
reportages…
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