Bulletin L’Indépendant

mars 2009

Le succès invite le succès : Gary Lawrence

La chronique "Le succès invite le succès" vous fait découvrir sous la forme d'une chaine un ou une pigiste qui réussit. Le mois prochain, c'est le journaliste indépendant présenté ici qui écrira sur un autre pigiste. Et ainsi de suite !

Paysage lawrencien

Par André Ducharme

Avant lui, les articles de voyage, c’était pas mon truc. La plupart, pompant les brochures touristiques, me tombaient des yeux. Mais lui, mais lui.

Alpiniste du calembour et du jeu de mots (« Putsch mais putsch égal », titre d’un papier sur les îles Fidji paru fin décembre dans Le Devoir), Gary Lawrence sait que celui qui fait sourire, dès la titraille, s’allie le lecteur pour quelques paragraphes au moins. Après, c’est une question de talent. Et Gary est fait pour l’écriture comme le ouistiti pour les branches. Ses textes donnent à voir, à humer, à toucher. Il y a de la lumière, des couleurs, du bruit, des odeurs, des gens, de la peau, de la vie.

Il écrit avec une souplesse de danseuse à la barre, mélangeant le familier et le précieux, saupoudrant ici et là des mots qu’on ne rencontre pas tous les jours et qui nous forcent à regarder plus haut, si ce n’est dans le dictionnaire.

Gary écrit des articles de tourisme, mais pas que ça. Demandez-lui un portrait d’architecte, une entrevue avec une environnementaliste, un reportage sur les clubs échangistes, c’est votre homme. Si ça se trouve, il pourrait vous aligner cinq feuillets sur un sandwich au jambon, et on en mangerait.

Dans une autre vie, j’ai dirigé Touring, le magazine du CAA-Québec dédié aux chars et aux voyages. Je cherchais des journalistes pour rouler avec les premiers et pour planer sur les seconds. Gary, je l’ai découvert dans Le Soleil. Si je ne me souviens plus du sujet de son papier - cela fait plus de dix ans -, je me rappelle sa façon de faire danser les phrases.

Évidemment, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un anglophone - il n’aurait pas pu s’appeler Guy Lalonde comme tout le monde - qui pratiquait le français avec une connaissance des codes qui laissait stupéfait.  Ben non, c’était (c’est encore d’ailleurs) un Québécois pure tuque. Dès sa première collaboration à Touring, j’ai su que je ne le lâcherais pas. Je lui proposais un sujet, il m’en offrait une dizaine, tous passionnants, sous un angle et un traitement lawrenciens. À chaque commande, il demandait une hausse de cachet ; il vidait la caisse, mais aidait la cause des pigistes !

Gary Lawrence a 42 ans, une maîtrise en droit et des idées jusqu’à demain matin. Il prête sa plume au Devoir, à Elle Québec, à enRoute, à L’actualité, à Sélection. Il est aussi adjoint à la rédaction de Géo Plein Air. Les magazines qui ne font pas appel à ses services ne savent pas ce qu’ils manquent : des articles remis à temps, documentés et pimpants, impeccablement écrits, dans lesquels l’auteur, magnanime, sème une coquille ou deux, juste pour prouver qu’ils sont rédigés par un être humain. Un être humain, oui, engagé, citoyen, vélomane, doué pour le plaisir et les imitations (impayable en chauffeur de taxi haïtien ou en poissonnier pakistanais).

Bien sûr, je n’arrive pas à le suivre dans tout ce qu’il crée. Mais quand je tombe sur un texte bien torché, où l’humour le dispute à l’information, où l’opinion n’occulte pas les faits, où le style jette ses sortilèges, même pas besoin de remonter à la signature pour savoir en compagnie de qui je me trouve. Et spontanément le sourire me vient aux yeux.

Bref, je suis fana.

P.-S. - Il fait aussi de très bonnes photos et, accessoirement, de beaux enfants : Théo et Anna !

 

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