Bulletin L’Indépendant
août 2009
Par Émilie Dubreuil
Ces jours-ci, Noémie n’a pas le temps de me rappeler. Pour écrire un papier sur elle, un tant soit peu objectif, je lui ai demandé une entrevue, il y a déjà quelques semaines, j’ai eu une réponse vague par courriel: lunch lundi, une bière mardi…? Je ne sais pas trop, on s’en reparle…?- O.K, Si tu es trop dans le jus, envoie-moi au moins ton CV pour que je puisse citer correctement les prix que tu as reçus ? Ton Judith Jasmin, ta bourse nord-sud…
Cela fait déjà quelques jours et la rédactrice en chef de l’indépendant réclame son texte. Comme je n’ai toujours pas reçu ledit CV, je décide de «googler» ma chère et fringante collègue. Première entrée: « Noémie Mercier remporte le prix mondial Reuters-UICN 2008 pour les médias et l’environnement pour son article "Nos ordinateurs empoisonnent la planète".» Câlisse que je suis fière ! Ça m’émeut même. Noémie a ce pouvoir de m’émouvoir.
Faut dire, oui il faut le dire, Noémie et moi, nous nous sommes rencontrés bien avant le journalisme, dans une vie antérieure où nous étions toutes deux étudiantes. Elle en psycho, je crois, et moi, en littérature, si je me souviens bien. Nous étions très éprises de poésies, de nicotine. Nous étions prises d’angoisses énormes vis-à-vis de nos avenirs respectifs. Noémie était éprise d’un de mes amis et moi d’un type dont j’ai oublié le nom. Noémie a largué mon ami, ou l’inverse, et nous nous sommes perdus de vue … pour nous retrouver quelques années plus tard à la salle des nouvelles de la radio de Radio-Canada. Elle arrivait de Seattle où elle a œuvré pour une agence de presse dont je n’ai pas le nom…je n’ai pas son CV qui devrait mentionner aussi qu’elle a dirigé le Montréal Campus, le journal étudiant de l’UQAM.
Je raconte tout cela, car je crois que cette chaîne peut, bien sûre, tenir de l’autocongratulation réciproque et dresser le parcours de journalistes indépendants admirables d’une façon originale, mais aussi raconter de belles histoires d’émulations et d’amitiés entre collègues nées autour de l’amour du journalisme. Une chose rare au sein de ma génération et de mon sexe.
La salle des nouvelles donc. Noémie est la nouvelle coqueluche des mâles vieillissants qui y travaillent et lui trouve l’air exotique…Noémie fustige les compliments: « tu as l’air d’une dame peinte par le douanier Rousseau » Noémie n’en revient pas et entre deux directs, elle me fait rire en me racontant ses déboires de filles noires à l’accent de Québec dans une salle des nouvelles à Montréal. Mais, la salle est trop petite pour ma petite Noémie qui quitte les murs bruns de la tour pour de nouveaux défis, selon l’expression consacrée, et vogue vers un contrat chez Québec science. Pas longtemps après, elle remporte la bourse Nord-Sud. Je la félicite. Elle me sert dans ses bras. Elle est nerveuse. Je lui dis que tout va bien aller. Elle est nerveuse. Je lui dis: fille, je suis fière de toi ! Elle part en Inde, fait un reportage génial, revient, s’enferme chez elle, fume compulsivement (rassurez-vous, elle ne fume plus) et pond un article…qui la mène sur la scène du château Frontenac où les collègues vieillissants tiennent leur congrès.
Je suis dans la salle, j’ai des frissons. Noémie est belle, elle monte sur scène, elle a gagné le prix Judith Jasmin. Je crie dans la salle, du fond de mes tripes : Yé !
Beauté exotique tant que vous voulez, elle est là sur la scène et nous livre un discours de remerciement à tout casser : intelligent, sensible, drôle. Bref, elle est belle, elle est brillante et je suis fière, fière de retrouver une fille que j’ai connue dans les bars enfumés de la rue Saint-Denis, sur la scène d’une des salles beiges du château Frontenac, une fille de ma génération, une personnalité sémillante, faire du journalisme de haute voltige.
Avec ce reportage fait en Inde, elle a gagné un autre prix (voir plus haut). Ensuite, elle a obtenu la bourse QuébecJapon et, là…elle devrait me rappeler bientôt parce qu’on est dû pour une conversation sur mon balcon sur les aléas de la vie de journaliste, pour son chili con carne qu’elle fait très bon et congèle pour les jours creux et une bouteille de vin. Es-tu libre mercredi? En fait, quand tu auras fini ton article…car deux filles qui s’épaulent respectivement, dans ce métier, ça se comprend tellement …et c’est tellement précieux.
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