Par Jean-François Barbe
Avec Nelson Dumais, Yan Barcelo est l'un des rares pigistes de la vague techno des années 1990 à encore vivre de sa plume. Pigiste à temps plein depuis 1997, après avoir été permanent depuis 1982 au journal Les Affaires, Yan Barcelo nous donne sa recette.
Q.: Pourquoi es-tu devenu pigiste?
R.: En 1991, j'ai déménagé dans le Nord, entre Morin Heights et Saint-Sauveur, car je voulais avoir des arbres. Aussi, être pigiste est pour moi plus payant qu'être permanent dans un journal. Il faut dire que je peux travailler à distance, car je n'ai pas besoin d'écrire que "le visage de monsieur X portait la fatigue des dix derniers jours". Je pratique un journalisme de type dossier, avec des sujets abstraits. Bien que j'aie commencé ma carrière 100% techno en 1982, aujourd'hui j'écris à 60% sur des sujets financiers et économiques et à 40% dans la technologie. Il est certain que si j'étais resté purement techno, je ne serai pas là. Par une chance inouïe, j'ai pu me diversifier.
Q.: La plupart de tes clients sont rattachés au groupe Transcontinental. Est-ce un danger?
R.: Oui, c'est certain. Mais dans le monde de l'édition, on appartient à des familles: Transcontinental, Power [Corporation], Rogers... Il faut aller vers les publications indépendantes, quitte à faire du publi-reportage, ce qui enlève la liberté journalistique mais peut donner l'occasion de faire des découvertes.
Q.: Quels conseils donnerais-tu à un débutant?
R.: Essayer de débuter sa carrière en ayant une permanence dans une publication de façon à se faire connaître. Ou à tout le moins se concentrer sur une seule publication. Il faut se développer une expertise, par exemple le terrorisme, la mode, les produits financiers. Ensuite, il s'agit de faire se chevaucher ses contacts afin d'écrire plus d'un article sur le même sujet, pour plus d'une publication. Finalement, il faut écrire d'une façon qui suscite l'intérêt. On n'écrit pas des articles comme on écrit des rapports gouvernementaux.
Q.: Quelles sont les lois du pigiste selon Barcelo?
R.: La première loi est le respect du deadline. C'est la loi suprême: un texte en retard, et c'est la mort. Par exemple, si les sources ne sont pas au rendez-vous, il faut avertir le rédacteur en chef. La deuxième loi consiste à ne jamais refuser des propositions de piges, à moins d'être vraiment surchargé. La troisième loi, c'est de remettre des textes avec du muscle et de l'os, sans gras. On est payé au mot, mais il faut résister à l'envie d'ajouter des mots.
Q.: Comment vois-tu l'évolution du métier au cours des prochaines années?
R.: Les 3-4-5 prochaines années seront plus difficiles. Il me semble qu'il y a un retour vers de plus grandes salles de rédaction alors que dans les années 1990, les publications faisaient davantage appel aux pigistes en tant que main-d'oeuvre flottante qui pouvait être délestée en fonction de l'état des recettes publicitaires.
(Première publication: L'indépendant électronique novembre 2005. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)
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