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Bulletin L’Indépendant

mars 1998

Les photographes plus populaires que les journalistes...

On ne parle peut-être pas souvent de droit d'auteur des journalistes dans les journaux mais les photographes, eux, ont eu la main plus heureuse: Le Devoir leur a consacré un haut de page dans sa section Culture le 21 novembre, pour annoncer l'arrivée imminente d'Un "nouveau contrat type", et un autre avec la chronique "Communication" du samedi 28 février.

Rappelant que la loi canadienne sur le droit d'auteur n'avait pas été amendée depuis 1924, l'auteur du premier article signalait l'existence de "250 photographes indépendants (dans) la région montréalaise", donnait la parole à l'Association canadienne des photographes et illustrateurs en communication (CAPIC, présente au congrès de l'AJIQ l'an dernier) et soulignait avec justesse qu'au Canada, "la loi ne reconnaît pas que le photographe soit automatiquement propriétaire de son oeuvre" (au contraire des écrivains ou des journalistes). Le nouveau contrat-type aurait pour but de remédier à cette situation.

Le second article, intitulé "La photographie est dans le noir" donnait quant à lui grande visibilité - sans jeu de mot - à la "grève" des photographes: une grève entamée dans la région de Montréal par les signataires du contrat-type mentionné plus haut, pour forcer leurs principaux clients (entre autres, les agences de publicité) à signer eux aussi ce contrat.

À noter que dans les deux cas, l'article encadrait le joli logo adopté par les photographes pour leur campagne de revendication (un © dans un cadre ressemblant à un film-photo). Presque le même logo qu'avaient par la suite adopté les journalistes indépendants, en fait. Mais ce dernier n'a pas eu l'honneur d'une publication, lui.

...mais pas autant que les écrivains

On ne parle peut-être pas souvent des droits d'auteur des journalistes, mais en revanche, on a beaucoup parlé du droit d'auteur qu'a - ou n'a pas - Pierre Turgeon, auteur - ou peut-être pas - de la biographie de P. H. Desrosiers, fondateur de Réno-Dépôt. Ce fameux P. H., dont les héritiers réclament de pouvoir enfermer sous scellé la biographie que Turgeon, lui, voudrait bien pouvoir publier.

Le mot de la fin - provisoire - de cette saga littéraro-judiciaire revient à Nathalie Petrowski: "Quand son vend son âme à un marchand de clous, on doit en assumer les conséquences."

Un appui de poids

Réunis en assemblée générale en novembre dernier à Québec, les membres de la FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec) ont donné leur appui "aux démarches des journalistes autonomes pour faire reconnaître leurs droits sur la reproduction de leurs textes sur format électronique".

"Pour l'instant, poursuit le communiqué de la FPJQ, l'enjeu n'est pas d'abord de nature économique, mais juridique. La Fédération est consciente que le développement des nouveaux supports électroniques offre aux éditeurs de journaux et magazines de nouveaux canaux de diffusion, mais que le marché commercial de ces nouveaux vecteurs de diffusion demeure anémique... Par contre, la distribution mondiale offerte (avec le développement d'Internet en particulier) fait que ces textes, une fois archivés et diffusés, peuvent être reproduits presque sans contrôle..."

Rêvons un peu

The Author's Registry, cette société de gestion rassemblant plus de 100 000 journalistes et écrivains, a redistribué en droits d'auteur, en 1997, 441 000$. Des dollars US, il va sans dire. En tout, depuis son entrée en opération à l'été 1996, elle a redistribué le joli total de 626 000 billets.

Faut payer pour voir

Voici un nouveau modèle économique promis à un brillant avenir: deux publications qui décident de facturer leurs propres auteurs. Autrement dit, si tu ne payes pas, tu ne seras pas publié. C'est simple, mais il fallait y penser...

L'heureuse initiative revient à Optics Express (de la Société américaine d'optique) et au Internet Journal of Nitride Semiconductor Research (ouf!). Dans les deux cas, l'abonnement à ces revues est gratuit. La première réclame aux auteurs 300$ par article, et la deuxième, 275$.

Qu'est-ce que vous imaginiez, ils vous font l'honneur de vous publier, ils ne vont pas vous payer en plus...

(Première publication: L'indépendant, printemps 1998. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)

 

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