Bulletin L’Indépendant

juillet 2005

Lucie Pagé: se battre contre le mépris

Par Pascal Lapointe

Après avoir complété son bac. à l'UQAM en 1985, Lucie Pagé est partie pour un an en Asie. Elle y a produit, entre autres, un reportage radio d'une heure sur le Népal pour Radio-Canada. Cachet: 300$. Quinze ans plus tard, autre documentaire d'une heure pour Radio-Canada. Cachet: 300$!

"Je me suis battue, un peu. On a pris le budget d'une entrevue - 150$ pour quelqu'un qui vient parler 7-8 minutes, et j'ai réussi à avoir 450$. Pour un documentaire d'une heure, pour un documentaire qui m'a pris des mois à faire." Pour ajouter l'insulte à l'injure, le documentaire a été diffusé aussi en Australie. Sans prévenir la journaliste et, bien sûr, sans la payer.

Battez-vous: c'est le message qu'est venue livrer Lucie Pagé, conférencière vedette du dernier congrè s de l'AJIQ, qui a lieu le 4 juin à Montréal. Battez-vous pour de meilleurs tarifs. Pour qu'il y ait moins de mépris face aux "simples pigistes". Par-dessus tout, battez-vous pour que votre travail soit reconnu à sa juste valeur.

Ce qui est plus facile à dire qu'à faire, Lucie Pagé est la première à en convenir, elle qui reconnaît ne pas aimer négocier et qui souffre, comme une bonne partie de la population, d'un manque d'estime de soi.

Elle a choisi, par surcroît, d'être mère. "J'oserai dire que c'est plus facile pour un homme d'être pigiste que pour une femme... Mais ça, c'est comme dans tous les secteurs de la société."

Pourtant, n'est-elle pas une célébrité? Avant de publier il y a deux ans l'ouvrage Mon Afrique, elle a été correspondante en Afrique du Sud pendant une décennie, pour Radio-Canada et quelques autres médias. "Or, Radio-Canada me paie 80$ par reportage, écrit-elle dans Mon Afrique. Je toucherai le même cachet pendant huit ans... J'ai dépensé une fortune en journaux et revues, en stationnement, en essence, en équipement de bureau, en billets d'avion pour mes vols entre Johannesbourg et Le Cap, etc."

Quand la télévision d'État a ouvert un bureau en Afrique de l'Ouest, elle a demandé à son patron: pourquoi ne pas investir en Afrique du Sud? Réponse: "Parce que, Lucie, tu ne coûtes rien."

Pour que ça change, il faut donc se battre. Et pas tout seul dans son coin. "On doit changer les mentalités et c'est ça qui est long. Et il nous faut le même mot clé qui a fait de l'Afrique du Sud un succès mondial, un miracle, un mot qui doit se retrouver dans nos débats, nos discours, un mot sans lequel la lutte contre l'apartheid n'aurait jamais abouti, un mot sans lequel la lutte contre la précarité du journaliste pigiste n'aboutira jamais: solidarité", a déclaré Lucie Pagé au congrès de l'AJIQ.

"Il faut arrêter de nourrir un monstre qui ne fait que nous cracher dessus, tout en publiant nos papiers. Je vous invite à la solidarité."

  • Nous reproduisons dans notre site Web de larges extraits de la conférence de Lucie Pagé.
  • (Première publication: L'indépendant électronique, juillet 2005. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)

     

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