Par Lyne Fréchet
Il a fallu plusieurs mois et bien des grincements de dents, mais ça y est: une entente est intervenue avec Québec Science. Les auteurs représentés par l'AJIQ recevront des redevances pour l'utilisation de leurs articles sur le cédérom lancé l'été dernier.
L'entente finale porte sur 6% du total des ventes du cédérom. Québec Science versera à chacun des auteurs représentés par l'AJIQ une partie de ce 6%, la part de chacun étant calculée selon le pourcentage du volume (en octets) qu'occupent ses textes. Chaque auteur aura également droit à un cédérom, gracieuseté de Québec Science.
Le magazine transmettra les chèques à l'AJIQ, qui se chargera de les distribuer aux auteurs.
La très grande majorité des collaborateurs ont considéré qu'il s'agissait d'une offre raisonnable et ont bien voulu tenir compte de la situation particulière de Québec Science, qui ne se classe pas parmi les géants de l'édition.
De fait, même si la compensation n'est pas aussi élevée que nous l'espérions, il s'agit sans conteste d'une grande victoire et d'un pas important pour la reconnaissance des droits des journalistes indépendants. Nous avons également fait une démonstration, plus importante encore: en nous regroupant, nous faisons pencher la balance de notre côté.
On se rappellera à ce sujet que lors de nos rencontres, Michel Gauquelin, directeur général de Québec Science, avait souvent évoqué la possibilité de retirer du cédérom les articles de tous les mécontents. Or il y avait un hic: sur les 2000 articles du cédérom, les auteurs représentés par l'AJIQ en avaient écrit... 1500!
À l'AJIQ, nous sommes particulièrement fiers de la façon dont a été mené le dossier. Tous les auteurs (près de 80) ont été rejoints un à un et ont participé à la négociation. Nous avons pu examiner ensemble la délicate question des pourcentages à exiger. Comme il n'existe pas de normes en la matière, nous devions nous en remettre à notre jugement.
Ce dossier a également rappelé à quel point il est difficile de réunir des personnes très occupées, éparpillées d'un bout à l'autre du Québec. Une grande partie des discussions a pu se faire sur la liste AJIQ (liste d'envoi par courrier électronique - abonnez-vous, c'est gratuit!). Mais avant la technologie, c'est aux personnes que nous devons cette entente; aux membres de notre conseil d'administration, et à ceux et celles qui ont accepté de former un comité pour résoudre cet épineux dossier: Isabelle Monpetit, Jean-Hugues Roy, Gilles Drouin, Rachel Duclos et Pierre Sormany. Nous devons également l'entente aux précieux conseils et à la grande habilité de négociatrice de Me Francine Bousquet, notre conseillère à la Fédération nationale des communications (FNC-CSN).
Il est bien évident que nous n'avons nul désir de "ruiner l'industrie", comme le prétendent nos détracteurs. Nous croyons au contraire qu'en luttant pour maintenir des conditions de travail acceptables pour les pigistes, nous aiderons les entreprises de presse qui ont le souci de la qualité de l'information. Et Québec Science fait partie de celles-là.
Or, avec l'arrivée des nouveaux supports de diffusion, le respect des droits d'auteur sera justement déterminant pour préserver ces conditions de travail. L'esprit de la Loi sur le droit d'auteur, est-il besoin de le rappeler, vise d'abord à protéger les petits artisans: à mesure qu'on avance dans sa carrière, on peut au moins récolter une partie de ce que l'on a semé.
Le temps est venu d'entreprendre des pourparlers avec d'autres éditeurs, et il est possible de le faire dans un climat de bonne entente plutôt que de confrontation. Le malaise engendré par notre lutte sur le droit d'auteur, nous le constatons, vient trop souvent d'un manque de communication: M. Gauquelin était lui-même surpris d'apprendre qu'il y avait des mécontents parmi ses collaborateurs.
L'automne dernier, nous avons donc demandé par lettre aux éditeurs qui revendent les textes de leurs collaborateurs à la compagnie montréalaise CEDROM-SNi - le tout, dans la plus parfaite illégalité - de verser des droits d'auteur. À ce jour, seule La Presse a communiqué avec nous et serait ouverte à une rencontre. À défaut d'obtenir une réponse favorable des éditeurs, il faudra en arriver à une action en justice.
Québec Science a accepté de dialoguer avec nous. Espérons que d'autres suivront, et que nous pourrons, tous ensemble, construire ce nouveau monde de l'information que commencent à dessiner les nouvelles technologies.
(Première publication: L'indépendant, hiver 1998. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)
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