Bulletin L’Indépendant

juillet 1994

Reconnaissance d'un statut aux sans-statuts: une association américaine brasse la cage

On croit rêver. Le périodique américain In These Times, publication à but non lucratif qui est en constantes difficultés financières, et la National Writers Union, en sont arrivés, fin-mai, à une entente par laquelle le magazine versera 75 000$ pour régler ses dettes à ses pigistes!

Mais ce n'est pas tout. Combien, au Québec savent que la NWU, depuis sa fondation en 1983, affirme avoir récolté 800 000$ en règlements divers entre des éditeurs (livres ou périodiques) et des auteurs?

La National Writers Union compte 4000 membres. Elle est affiliée depuis 1991 à l'Union des travailleurs de l'automobile (elle-même affiliée au puissant syndicat AFL-CIO). Elle s'adresse aux auteurs (writers) pigistes (à ne pas confondre avec la Author's Guild, qui s'adresse aux écrivains, comme l'UNEQ) et a pour premier objectif, comme de juste, "l'amélioration des conditions de travail des auteurs". Ça semble familier?

Les plaintes qu'elle reçoit de ses membres l'ont amenée à toucher à tout, depuis 11 ans (cas de non-paiements, of course, mais aussi manuscrits non retournés, livres massacrés, idées volées, etc.). Les pigistes seront particulièrement intéressés d'apprendre qu'elle mène une campagne nationale, depuis le printemps 1993, pour l'instauration d'un contrat standard pour les journalistes indépendants ("Standard Journalist Contract"). Ça semble familier?

En signant l'entente, In These Times s'est engagé à utiliser désormais le contrat standard. Celui-ci repose sur quatre principes: des paiements honnêtes ("fair rates"), effectués sur réception, un mécanisme d'arbitrage, et le droit d'utiliser le texte une seule fois.

Jusqu'ici, affirme le responsable du dossier à l'Union, Irvin Muchnick, "quelques douzaines" de publications, petites et grandes (de Mother Jones au San Francisco Weekly), se sont servies de ce contrat, généralement au cas par cas.

Ce n'est pas tout: le quatrième et dernier point du contrat (une seule utilisation du texte) a été propulsé à l'avant-scène avec l'explosion des discours sur l'autoroute électronique. Depuis l'an dernier, la NWU s'est lancée dans une autre campagne nationale, qui a culminé le 16 décembre lorsqu'elle a déposé une poursuite, assez bien couverte par la presse américaine, contre un fabricant de banques de données et quatre géants: The New York Times Company, Newsday (filiale de Times-Mirror), Time Inc., Mead Data Central Corp., et University Microfilms International, division de Bell & Howell. On ne rit plus.

Le but de la poursuite, intentée au nom de 10 pigistes: des CD-ROM, des services télématiques commerciaux, ou quoi que ce soit du genre, peuvent-ils s'approprier du matériel déjà publié, sans rien payer aux auteurs? On évaluait, en 1992, à 3000 le nombre de publications américaines disponibles en tout ou en partie sur des banques de données. Les éditeurs prétendent qu'en leur vendant un article, les auteurs leur ont donné le droit de s'en servir à leur guise.

D'ores et déjà, on prévoit que, quelle que soit la façon dont se réglera cette cause, il ne s'agira pas de la fin de la bataille...

(Première publication: L'indépendant, juillet 1994. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)

 

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