Par Alain Gerbier
Les espèces menacées d'extinction sont de plus en plus nombreuses au Canada. Si vous avez lu récemment les journaux ou les circulaires des grandes chaînes d'alimentation (qui bien souvent se ressemblent), vous avez dû relever que le saumon de la rivière Fraser bat de la nageoire caudale, qu'une variété de grue ne prend plus son pied sous nos latitudes. Seule surprise dans la liste toujours plus longue des espèces en voie de disparition et en quête de protection, l'absence, pour un instant encore, des journalistes indépendants.
Mais qu'à cela ne tienne, l'AJIQ, consciente de la précarité aussi bien des journalistes que de leur indépendance, n'a pas attendu que "le dernier des pigistes" devienne un sujet de roman pour un lointain descendant de Fenimore Cooper. Elle a, grâce à l'un de ces coups de théâtre dont Jacinthe Tremblay a le secret, alerté Patrimoine canadien!
N'en concluez pas hâtivement que vous êtes subitement devenu un ou une journaliste classé (e). Notre cause a beau être monumentale, nous pouvons individuellement continuer à ravaler notre salive, notre rage d'être exploités et même notre façade sans que grand monde s'en émeuve. Mais, ne minimisez pas non plus la portée de cette nouvelle.
À l'origine de cette initiative, il y a eu une rencontre fortuite entre Jacinthe et des représentants du ministère du Patrimoine canadien lors d'une conférence l'hiver dernier à Calgary puis, au début du printemps une réunion, plus formelle cette fois, entre des représentants de l'AJIQ (dont Lyne Fréchet et Jacinthe Tremblay) et le directeur général de la politique du droit d'auteur à Patrimoine canadien, Bruce Stockfish, accompagné de Claude Lafontaine et de Denis Gratton, conseillers spéciaux pour la politique du droit d'auteur au même ministère.
L'événement a eu lieu au Monument national (voilà pourquoi je vous parlais de coup de théâtre) et après que Jacinthe eût fait visiter aux trois hauts fonctionnaires le lieu qui vit se croiser les regards de Sarah Bernhardt et Wilfrid Laurier, l'échange a porté sur les moyens de protéger des droits d'auteur de plus en plus attaqués. Les représentants de l'AJIQ ont décrit la situation que vous connaissez (extorsion de droits, vulnérabilité des journalistes indépendants) à des interlocuteurs avertis (Bruce Stockfish est avocat, Claude Lafontaine a collaboré à plusieurs sociétés d'auteurs et Denis Gratton est un ancien contractuel de la SRC).
Personne, vous l'aurez deviné, n'avait de solution miracle à proposer mais tous les participants se sont efforcés de partager leurs informations et, avant que le rideau ne tombe sur cette rencontre, il a été convenu de "maintenir le contact et de continuer à réfléchir", Claude Lafontaine invitant notamment à explorer la piste des Sociétés de gestion de droits collectives.
Pour ma part, quoique toujours dans l'entracte et dans la réflexion, j'en suis arrivé à croire qu'une définition claire de notre statut professionnel (déclinée, catégorisée si besoin est, car divers types d'activités se côtoient et hélas se confondent) et un renforcement des solidarités sur la base de valeurs et de principes éthiques communs, notamment l'indépendance, constituent un pré-requis à toute démarche efficace.
(Première publication: L'indépendant, printemps 2002. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)
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