Bulletin L’Indépendant

mars 2005

Témoignage: sans protection

Par Karim Djinko

À la mi-février, j'ai été renversé par une voiture non loin de chez moi. Je suis encore en un seul morceau, mais j'ai dû garder le lit plusieurs jours... et perdre tous les contrats que cela implique. J'avais quelque espoir du côté de la SAAQ... Désolé, on n'assurepas les travailleurs autonomes, m'a-t-on dit.

Une collègue m'avait déjà prévenu: "À priori, je dirais que si tu n'as pas d'assurance, tu n'as que tes yeux pour pleurer." Mais quand on se retrouve dans une situation comme celle-là, où les douleurs à la jambe et à la tête empêchent même de s'asseoir devant son ordinateur, dans son chez-soi, pour gagner son pain, on espère que quelque chose, quelque part, a été prévu pour nous. Eh bien non.

À la SAAQ, ils m'ont expliqué qu'ils dédommagent à partir de la huitième journée de travail perdue, remboursent les dépenses liées au remplacement des habits ou du matériel endommagés (j'avais une caméra de 6000$ qui, fort heureusement, a été épargné). Mais hélas, les dispositions ne tiennent pas compte du statut particulier des travailleurs autonomes. La journée de travail n'a pas la même résonance chez nous.

Je travaillais à l'écriture et au montage de deux reportages radio pour RCI. Je partais en reportage quand l'accident a eu lieu et j'avais deux livraisons cette semaine. En plus, mon mal de dos a repris alors que je venais de tourner la page après 480$ de traitements chez l'ostéopathe.

La SAAQ n'a pas été en mesure de répondre à toutes mes questions. Un agent affecté à mon dossier afini par rappeler la semaine suivante. J'aurai peut-être droit à une compensation forfaitaire pour la perte de la qualité de vie et le remboursement des frais qu'occasionnera mon retour chez l'oestéopathe. On se satisfait comme on peut...

Parce qu'autrement, le manque à gagner de la semaine, c'est à l'eau. Il aurait fallu que je sois encore invalide une deuxième semaine pour espérer quelque chose. Vous avez dit précarité?

(Première publication: L'indépendant électronique mars 2005. Toute reproduction de ce texte est autorisée et encouragée... si l'auteur est d'accord.)

 

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