Montréal, 9 avril 2006 - L'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) se réjouit de la libération du journaliste indépendant Frédérick Lavoie après 15 jours d'emprisonnement en Biélorussie. Mais elle croit que le moment est venu de réfléchir sur les risques que les grandes entreprises de presse laissent prendre aux journalistes indépendants tout en profitant de leurs exclusivités.
Le pigiste de 22 ans, originaire du Saguenay, a été arrêté le 24 mars à Minsk, capitale de la Biélorussie. Il couvrait une manifestation d'opposants au régime du président Alexandre Loukachenko. À la suite de cette arrestation, Frédérick Lavoie a été condamné, d'une manière tout à fait injustifiée, à 15 jours de prison. Cette situation rappelle qu'à titre de journaliste indépendant, Frédérick Lavoie n'avait pas d'entente signée avec les journaux quotidiens La Presse et Le Quotidien qui ont publié ses textes.
Une situation qui, en soi, n'a rien d'inhabituel: aussi étonnant que cela puisse paraître aux profanes, de nombreux journalistes pigistes québécois dont les exclusivités profitent à vos journaux ou magazines préférés travaillent à l'étranger sans la moindre entente formelle avec les médias. Si c'est bon, disent en substance les éditeurs, on publie; sinon, tant pis. Le journaliste indépendant assume souvent la totalité des frais, sans parler de la totalité des risques; s'il se fait arrêter, comme cela est arrivé à notre collègue Ken Hechtman en Afghanistan en 2001, ou même blesser comme cela est arrivé à notre collègue Paul Marchand en Bosnie en 1993, c'est bien dommage, mais c'est comme ça.
Une pratique qui serait à juste titre dénoncée comme inacceptable si elle devait s'appliquer à un salarié du même média.
À notre connaissance, Frédérick Lavoie n'a fait qu'exercer son droit à informer, garanti par l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Sa mésaventure rappelle que ce droit s'applique de deux façons différentes, que l'on soit salarié ou pigiste. L'AJIQ croit que l'heure est venue de mener une réflexion sur cette question cruciale.
© Tous droits réservés, Association des journalistes indépendants du Québec
1124, rue Marie-Anne Est, bureau 12