Montréal, 4 décembre 2008 – L’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) dénonce le contrat abusif imposé par l’hebdomadaire culturel Ici à ses collaborateurs. Depuis quelques semaines, la direction du Ici est passée à l’action et congédie les pigistes qui refusent de signer.
L’AJIQ s’insurge des moyens pris par l’hebdomadaire afin de forcer la main aux journalistes, à qui l’on n’offre aucune possibilité de négocier.
L’hebdomadaire culturel montréalais sommait, depuis janvier dernier, ses collaborateurs pigistes de signer un contrat de publication abusif. Les journalistes – la plupart étant des pigistes – doivent renoncer à leur droit d’auteur et même à leur droit moral sur leurs oeuvres.
Il n’est sans doute pas surprenant de voir la direction du Ici passer à l’action alors que les relations de travail s’enveniment au Journal de Montréal, également propriété de Quebecor. Les textes des collaborateurs au Ici sont déjà repris sans leur consentement sur les sites Canoe et Archambault.ca. Le seront-ils dans les pages d’un quotidien en conflit de travail? Voudrait-on transformer les journalistes indépendants en “scabs” contre leur volonté?
«Les journalistes du Ici subissent de la pression pour les forcer à signer ce contrat inacceptable. C’est indécent. La direction du Ici doit cesser immédiatement ce chantage», demande le président de l’AJIQ, Nicolas Langelier.
Au printemps dernier, l’AJIQ avait dévoilé et dénoncé ce même contrat, en appui aux journalistes de l’hebdomadaire Ici, qui ont aussi reçu l’appui de l’Union nationale des écrivains du Québec (UNEQ) et de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). À la veille du congrès de la FPJQ, le conseil d’administration de l’AJIQ demande à ces organisations de réitérer leur soutien.
Voici quelques-unes des clauses du contrat :
« Le Collaborateur s’engage à céder et cède exclusivement à l’Éditeur et ce, sans limitation de durée ou de territoire, tous les droits d’auteur qu’il détient sur l’Oeuvre, incluant, sans limitation, tous les droits de publication, de diffusion ou de reproduction de l’Oeuvre sur tout support et par tout moyen ou procédé que ce soit. »
« Le Collaborateur renonce aux droits moraux qu’il détient sur l’Oeuvre tant au bénéfice de l’Éditeur qu’au bénéfice de tout ayant droit de l’Éditeur. »
Un travailleur qui renonce à ses droits moraux renonce à l’intégrité professionnelle de son travail. Par exemple, un article sur un évènement culturel publié dans Ici pourrait être utilisé pour faire de la publicité sur le même évènement culturel.
L’éditeur n’offre rien en contrepartie de ces cessions de droits. Le contrat du journal Ici va à l’encontre du Code civil du Québec, qui énonce qu’un contrat entre un fournisseur et un client doit être négociable, de gré à gré, et ne doit pas être déraisonnable. Un contrat qui oblige un journaliste indépendant à céder tous ses droits, sans compensation, n’est pas un contrat en bonne et due forme.
Ce contrat est indigne d’une publication québécoise. Il démontre un manque de respect flagrant pour les professionnels qui, semaine après semaine, collaborent au Ici. Rappelons que le tarif de l’hebdomadaire n’est que de 55 $ le feuillet (l’AJIQ préconise un tarif plancher de 100$ le feuillet pour les journaux).
Renseignements :
Nicolas Langelier, président
Cécile Gladel, Vice-présidente, communications de l’AJIQ, (514) 378-1393
Nous reconnaissons le soutien financier du gouvernement du Canada, par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP), du ministère du Patrimoine canadien pour les coûts reliés à ce projet.
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Julie Marcil | 17 décembre 2008 à 16h19
C'est effectivement indécent, mais est-ce que l'AJIQ peut poser action?
Il n'y a pas que Québécor qui joue à ce jeu où ils sont les plus forts... Si les journalistes pigistes refusent de signer, ils perdent leur gagne-pain, c'est aussi simple que ça.