Communiqués

13 juin 2000

L'AJIQ réplique à la chronique "Ondes de choc" de Richard Martineau

13 juin 2000 - Dans sa chronique "Ondes de choc" du 8 juin dernier, le rédacteur en chef de Voir Montréal, Richard Martineau, utilise cette tribune prestigieuse pour accuser l'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) de se livrer à une campagne mensongère envers la publication qu'il dirige.

D'entrée de jeu, il affirme: "Le contrat proposé aux pigistes de Voir Montréal, Voir Québec et Hour respecte pleinement et entièrement les droits d'auteur et est même un des meilleurs en vigueur au Québec." On a beau lire et relire sa chronique, on ne trouve aucune preuve de cette affirmation, aucune explication des termes de son contrat ou de ceux des autres éditeurs. À la place, il utilise une source occulte, soit un journaliste réputé dont il se garde de dévoiler l'identité.

Mais le plus grave, c'est l'omission délibérée, par monsieur Martineau, de faits qui sont au coeur du litige entre Communications Voir et les pigistes. Les voici.

Première omission: Voir exige bel et bien de ses pigistes une renonciation à leurs droits d'auteur et à leurs avantages contractuels passé.

Avant 1997, en vertu d'une entente verbale, les pigistes concédaient uniquement un droit de première publication, sur support papier. En 1997, Voir adopte, avec l'accord de l'AJIQ, un contrat dans lequel il s'engageait à leur verser 50% du tarif initial pour leurs textes reproduits dans Voir Québec et 33% des revenus nets pour leurs textes publiés sur support électronique, à condition que ces derniers soient vendus à l'unité. Il a mis fin unilatéralement à cette entente.

L'actuel contrat de quatre pages de Communications Voir est accompagné d'une renonciation à toute poursuite, réclamation, demande, etc. pour tout ce qui concerne leur relation d'affaires passée. Elle est indissociable du contrat. Et elle est au c¦ur du refus d'au moins 10 de ses collaborateurs parmi les plus anciens d'y apposer leur signature. Cette renonciation exige des pigistes d'absoudre Communications Voir, pour avoir:

  • inclu les textes de ces derniers, sans leur autorisation et sans compensation financière, dans la banque de données payantes CEDROM-SNi, en violation flagrante à la loi canadienne du droit d'auteur;
  • remplacé unilatéralement les versements prévus au contrat de 1997 par une hausse du tarif au feuillet de 5$ pour tous les articles publiés dans Voir Montréal. Cette mesure n'a jamais été approuvée par les signataires du contrat de 1997 et représente des pertes de revenus importantes pour plusieurs d'entre eux.

  • Deuxième omission: à défaut de signer cette renonciation, les pigistes de Voir et de Hour sont remerciés.

    Dès les premiers jours du conflit, 40 pigistes du journal Voir avaient mandaté l'AJIQ pour négocier une entente avec Voir. Son éditeur, Pierre Paquet, a refusé de rencontrer le représentant de l'Association. Désireux d'en arriver à une entente, les pigistes ont tenté de négocier directement avec l'éditeur. Peine perdue: l'éditeur a imposé ses propres conditions aux pigistes qui n'avaient d'autre choix que de signer le contrat imposé par Voir ou perdre leur gagne-pain.

    En raison de leur refus de signer la clause de renonciation, Georges Privet (critique de cinéma depuis 11 ans à Voir) et Dominique Olivier (spécialiste en musique classique depuis 10 ans à Voir) ont été remerciés par Communications Voir.

    Raymond Bertin, Anne-Marie Parent, Patricia Belzil et Carle Bernier-Genest (de Voir) ainsi qu'Alex Roslin, Frederic Serre, Marian MacNair et Maria Francesca LoDico, collaborateurs à Hour, refusent toujours de signer ce contrat-renonciation. Ils espèrent toujours la reprise de véritables négociations avec Communications Voir. Si le passé est garant de l'avenir, ils risquent de subir le même sort que leurs trois collègues.

    Troisième omission : le contrat de Voir lui assure l'utilisation à son gré des textes de ses pigistes pour une durée illimité.

    Pour l'avenir, il est vrai que, par une clause du contrat, Voir demande à ses pigistes de lui céder en exclusivité leurs droits d'auteur pour une période d'un an, cela uniquement pour le Québec. Le texte et l'interprétation qu'en fait Me Normand Tamaro, spécialiste en droit d'auteur, sont clairs: d'abord, en raison d'autres stipulations du contrat, l'exclusivité est pour le monde. En effet, pendant l'année d'exclusivité, le pigiste pourrait vendre son texte à qui il veut, à condition qu'il obtienne "l'autorisation de Voir". Voir se considère toujours propriétaire de ces droits sur l'ensemble de la planète, puisque le pigiste doit lui demander la permission pour vendre à nouveau ses textes; et encore, le pigiste pourrait le faire pour une publication qui n'aurait pas de site Internet.

    Après l'année d'exclusivité, le pigiste peut effectivement vendre son texte à d'autres. Toutefois, Voir conserve à jamais le droit de republier le texte sur papier ou sur un site Internet. Voir peut donc, en vertu de son contrat, réutiliser les textes à sa guise et pour toujours, et ce, à travers le monde.

    Quatrième omission: la rémunération supplémentaire offerte par Voir est symbolique et ne couvre pas les droits d'auteur

    Dans sa chronique, Richard Martineau affirme qu'il est "totalement faux de dire que les pigistes de Voir et de Hour doivent renoncer à leurs droits d'auteur sans rémunération supplémentaire. "

    Encore une fois, monsieur Martineau pêche par omission. La rémunération supplémentaire offerte aux pigistes se résume à 5 ou 10$ le feuillet et elle ne couvre pas les pertes encourues par les pigistes depuis que l'éditeur a décidé unilatéralement de ne plus respecter l'entente qu'il avait signée en 1997.

    De plus, il aurait fallu spécifier, dans le contrat, que cette hausse concerne la renonciation aux droits d'auteur.

    Malheureusement, Richard Martineau ne se contente pas que d'omissions pour s'en prendre à l'AJIQ. Il utilise un autre procédé: celui de la source occulte.

    "Le pire, écrit Richard Martineau, c'est que même les pros de l'information tombent dans le panneau." Et de citer, sans nommer sa source, des extraits d'une conversation avec un "journaliste respecté et respectable de Radio-Canada". Et de reproduire un extrait choisi d'un courriel que ce dernier lui a fait parvenir.

    Une telle utilisation d'une "source généralement bien informée et digne de foi mais que nous ne pouvons identifier" est, dans le contexte de ce débat, un procédé non conforme aux règles journalistiques. Si Richard Martineau veut utiliser un journaliste réputé pour répliquer à l'AJIQ, qu'il ait au moins la décence de le nommer et qu'il publie l'intégrale de ses propos!

    À ce stade-ci, nous tenons à rappeler à monsieur Martineau des passages de l'article 6a du Code de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et qui traite de l'anonymat.

    "L'anonymat ne sera accordé, en dernier recours, que dans des circonstances exceptionnelles: L'information est importante et il n'existe pas d'autres sources identifiables pour l'obtenir; la source qui désire garder l'anonymat pourrait encourir des préjudices si son identité était dévoilée."

    Ces conditions étaient-elles réunies dans le cas présent ? Nous ne le croyons pas.

    Depuis quelques jours, nous apprend Richard Martineau, sa boîte de courrier électronique a été littéralement inondée de messages de soutien envers ses pigistes. Richard Martineau compare le mouvement au monstre à sept têtes contre lequel combattait Sindbab! "Join the club".

    Depuis la découverte du potentiel économique d'Internet par les éditeurs québécois, les pigistes sont confrontés, sans exception, au dilemme suivant: céder leurs droits, sans compensation, ou perdre leur gagne-pain. Les formulations des contrats qui exigent d'eux de renoncer à leurs droits ont beau changer de forme (comme les monstres à sept têtes), ils ont tous la même conséquence: les pigistes sont exclus, et pour toujours, des retombées économiques de la diffusion de leurs textes sur Internet. Et s'ils refusent cette règle du jeu, ils sont rayés de la liste des collaborateurs.

    Communications Voir, il est vrai, n'est pas l'unique entreprise de presse à agir ainsi mais elle n'a rien à envier aux éditeurs comme Publications Transcontinental, Gesca (La Presse, etc.), Unimédia (Le Soleil, etc.), Rogers (L'actualité) et Trustar. L'AJIQ possède une triste collection des "contrats" imposés par ces éditeurs et se fera un plaisir de les diffuser intégralement.

    Les pigistes déplorent depuis longtemps le silence de la majorité des médias envers leur situation. Aucun éditeur ne devrait donc s'étonner qu'ils utilisent le cyberespace pour alerter le public. Merci, monsieur Martineau, d'écrire noir sur blanc dans votre chronique qu'ils sont sur la bonne voie.

    En réaction aux propos des éditeurs qui faisaient valoir que le recours collectif visait quelques individus non représentatifs du monde des pigistes, l'AJIQ rendait public, le 3 mai dernier, un Manifeste de reconnaissance des droits d'auteur signé par plus de 235 journalistes pigistes. Malgré les risques bien réels de représailles de la part de leurs clients éditeurs, ils ont fait connaître publiquement leur appui à l'AJIQ dans les démarches qu'elle a entreprises pour obtenir des éditeurs le respect des droits d'auteur de tous les pigistes et la reconnaissance de l'AJIQ comme seul interlocuteur valable pour négocier au nom des pigistes québécois. Enfin, ils ont invité - et invitent toujours - les éditeurs à s'asseoir et à négocier un contrat-type avec l'AJIQ et ce, dans les plus brefs délais.

    Ce manifeste a reçu l'appui de plus d'une centaine de journalistes salariés québécois. Parmi eux, des gens aussi réputés et reconnus pour leur rigueur que Pierre Sormany, Pierre Maisonneuve, Gilles Gougeon, Bryan Miles et Isabelle Paré. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a également lancé un appel à la négociation entre l'AJIQ et les éditeurs.

    Tous ces journalistes ont-ils été victimes d'une sourde machination de l'AJIQ ? À vos lecteurs d'en juger.

    Richard Martineau affirme que Communications Voir respecte les droits d'auteur. Il aurait été plus honnête d'écrire "respectait". En effet, le 30 mai 1996, Pierre Paquet, l'éditeur de Communications Voir, et l'AJIQ arrivaient à s'entendre sur un contrat-type prévoyant des versements de droits distincts aux pigistes pour la reprise de leurs textes. En entrevue au quotidien La Presse, monsieur Paquet avait alors déclaré: "Je suis très heureux de cette entente. Cette entente respecte notre capacité de payer et celle des journalistes d'être payés à juste titre pour la reproduction de leurs textes."

    Si le passé est garant de l'avenir, nous avons encore bon espoir qu'une entente qui respecte les intérêts des deux parties est possible, et cela, rapidement.

     

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