Communiqués

29 mai 2000

Le journal Voir renie tous ses principes

29 mai 2000 - Le journal Voir demande à ses collaborateurs pigistes de renoncer à leurs droits d'auteur et exige qu'ils signent une renonciation à toute possibilité de poursuite pour faire valoir ces droits!

Comment réagiriez-vous si vous appreniez que l'éditeur de Michel Tremblay exige de celui-ci qu'il lui signe, d'ici demain matin, un contrat par lequel il abandonne tous ses droits sur le livre qu'il vient de terminer, mais aussi sur tous ses livres parus depuis 20 ans? Un contrat par lequel, de surcroît, votre écrivain préféré est obligé de promettre de ne jamais protester si son éditeur a déjà édité sans l'informer et réédite n'importe quel de ces livres sous n'importe quel format, et ce, sans lui verser un sou? Et comment réagiriez-vous si vous appreniez qu'en plus, l'éditeur annonce à cet écrivain que s'il refuse de signer le contrat, il sera foutu à la porte?

Évidemment, vous seriez indigné. On ne traite pas un écrivain comme ça, dans une société libre et démocratique. Et pourtant, c'est bel et bien comme ça que le journal Voir, publication fervente de liberté et de démocratie s'il en est, traite ses journalistes. La renonciation déposée par l'éditeur, Pierre Paquet, et que les collaborateurs de Voir et Hour doivent signer sous peine de ne plus recevoir d'autres commandes, se lit comme suit:

"Je, soussigné M. X, m'engage par la présente à renoncer à toute poursuite, recours juridique, ou réclamation de quelque nature que ce soit, présente ou passée, en ce qui concerne tout usage ou tout traitement qui a été fait de tous les textes que j'ai écrits et qui ont été publiés dans les journaux Voir Montréal, Voir Québec ou Hour, ou pour les sites Internet qui sont opérés et exploités par Communications Voir Inc. ou toute autre publication publiée par Com Voir, ainsi que toute forme d'archivage papier ou électronique qui a pu découler de la publication de ces textes sous l'une ou l'autre forme, et de tout usage qui a été fait à ce jour de ces mêmes textes par Communications Voir Inc., incluant mais non limité à la consignation de ces textes auprès de CD-ROM SNI.

Je déclare avoir été traité avec justesse et équité par Communications Voir Inc. à ce jour, avoir été dûment payé pour tous les services que j'ai rendu, et que Communications Voir Inc. a respecté tous les engagements verbaux ou écrits entre les deux parties depuis le début de notre relation d'affaires.

Je fais cette déclaration en toute liberté et en connaissance de cause, et je m'engage à ne pas invoquer l'ignorance de la loi ou de mes droits pour revenir sur mon engagement.

Et j'ai signé en ce X jour du mois de X. "

Ce type de demande de renonciation n'est pas unique à Voir. De nombreuses publications québécoises, depuis un an, ont obligé leurs journalistes pigistes à en signer des similaires, sous peine de ne plus obtenir de contrats. Mais la renonciation de Voir atteint des sommets d'iniquité, en plus d'aller à l'encontre de tous les principes sociaux défendus par cette publication.

L'Association des journalistes indépendants du Québec juge scandaleux cette façon de traiter des professionnels sans qui, depuis 15 ans, le journal Voir ne serait pas devenu l'hebdomadaire de qualité qu'il est devenu. Des professionnels pigistes, ne l'oublions pas: cela signifie que leur seul et unique gagne-pain repose sur les textes qu'ils parviennent à faire publier, morceau par morceau, par des médias. Aujourd'hui, ces professionnels se voient signifier, par un journal étiqueté "progressiste" et "avant-gardiste", qu'ils ne sont rien de plus qu'interchangeables, même si plusieurs collaborent au Voir depuis des années.

À l'heure qu'il est, au moins trois journalistes ont refusé de signer cette renonciation. Par le passé, l'éditeur les avait bien avertis que s'ils ne signaient pas, ils ne travailleraient plus pour Voir. Nous avons toutes les raisons de croire que ces trois pigistes, et la dizaine d'autres qui nous ont confirmé refuser de signer un tel document, viennent de perdre une partie de leur gagne-pain.

 

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