Par Jean-Sébastien Marsan
(Une version écourtée de cet article a été publiée dans le magazine Trente vol. 29 no 2, février 2005, p. 30-31) - C'est avec consternation que l'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) a pris connaissance du livre de Ludovic Hirtzmann Vive la pige! Guide pour les journalistes indépendants (Éditions MultiMondes, 2004). Bien que l'ouvrage ne soit pas sans qualités (il s'agit du premier livre pratique sur le journalisme à la pige au Québec depuis 13 ans), nous regrettons qu'un livre signé par un journaliste fourmille à ce point d'erreurs factuelles et qu'il prenne les allures d'un règlement de comptes avec l'AJIQ.
Dans son guide, M. Hirtzmann mentionne en effet son passage à l'AJIQ comme administrateur, mais il ne signale pas que son mandat, entre l'automne 2001 et le printemps 2003, s'est terminé dans la plus vive controverse. Il a milité pour que l'AJIQ ne soit plus affiliée à la Fédération nationale des communications de la CSN. Il a multiplié les insultes envers la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). La gestion peu transparente de M. Hirtzmann et ses déclarations agressives ont contribué à provoquer en 2002-2003 le plus grand nombre de démissions qu'ait connu un conseil d'administration de l'AJIQ. M. Hirtzmann n'avait qu'un seul allié, Alain Gerbier, président de l'AJIQ en 2002-2003. MM. Hirtzmann et Gerbier ont été sévèrement blâmés lors d'une assemblée spéciale tenue à Montréal le 18 mars 2003. Lors de l'assemblée générale régulière du 2 juin 2003, ils ont présenté un rapport annuel injurieux et des états financiers incomplets avant de claquer la porte.
Il est normal que M. Hirtzmann ait une dent contre l'AJIQ. Ce qui est regrettable, c'est qu'il utilise un véhicule tel qu'un livre pratique pour exercer ce qui a toutes les allures d'une vengeance personnelle, en accumulant les affirmations non fondées et les faits non vérifiés - un comble pour un journaliste!
Par exemple, l'auteur affirme que l'AJIQ est aujourd'hui "moribonde" (p. 97), qu'elle est "infiltrée par la CSN, des salariés et des rédacteurs en chef" et qu'elle a "un discours de plus en plus éloigné des préoccupations des pigistes." (p. 97-98) "Des guerres internes ainsi qu'une affiliation à la CSN (...) ont peu à peu réduit l'importance de cette association." (p. 24)
Au contraire, l'AJIQ a repris du poil de la bête depuis la crise évoquée plus haut, avec environ 75 membres à la mi-2004 (et non 45, comme l'avance M. Hirtzmann à la page 24). L'association n'est pas "infiltrée" par la CSN, elle est affiliée à cette centrale syndicale, ce qui lui permet de bénéficier de services juridiques qu'elle ne pourrait se payer seule. La CSN se targue de respecter l'autonomie de ses syndicats et associations affiliées, nous n'avons jamais subi d'ingérence de leur part. La liste des membres de l'AJIQ comprend effectivement quelques salariés et rédacteurs en chef, car l'Association a toujours accepté ce que nous appelons des "membres associés".
M. Hirtzmann mentionne que l'AJIQ poursuit en justice plusieurs médias qui violent les droits d'auteur des pigistes, mais que le désengagement de la CSN reporte aux calendes grecques le moindre règlement avec les éditeurs. (p. 24) Or la FNC-CSN ne s'est jamais désengagée.
En page 88, à propos de la bourse AJIQ-Le Devoir 2003, l'auteur prétend que les candidatures n'ont pas été jugées de façon anonyme, ce qui est faux.
En page 38, M. Hirtzmann va jusqu'à me faire dire le contraire de ce que j'ai écrit pour l'AJIQ:
Les pires ennemis des pigistes sont, nous ne le dirons jamais assez, les pigistes eux-mêmes. Le plus dramatique est que certains peuvent avoir une influence surprenante sur leurs confrères. Le président de l'AJIQ, Jean-Sébastien Marsan, conseille: "Pour maximiser la rémunération de chaque pige, le plus rapidement possible, il faut bâcler la recherche (généralement non rémunérée), tartiner le plus possible sur un sujet superficiel (généralement payé au feuillet), ne pas s'attaquer à des sujets trop compliqués, encore moins à des enquêtes."
Cette citation est tirée d'un article du bulletin de liaison de l'AJIQ, L'Indépendant (décembre 2003), dans lequel je n'incite pas les pigistes à tourner les coins ronds. Au contraire, je dénonce l'impact de la précarité de la condition de pigiste sur la qualité de l'information!
Ce n'est pas tout. Erreurs et incohérences sont légion.
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