Tarifs


Les journalistes indépendants jouent un rôle essentiel, dans le monde de l'information. À l'heure actuelle, plus d'un journaliste québécois sur quatre travaille à la pige. Et cette proportion continue à s'accroître, d'année en année. À bien des aspects, les journalistes indépendants sont l'avenir de l'information, ici comme ailleurs.

Des tarifs scandaleux

Malheureusement, dans l'état actuel des choses, cet avenir a de quoi inquiéter. Les journalistes indépendants doivent travailler dans des conditions extrêmement difficiles, tout particulièrement au niveau de la rémunération. Il est de notoriété publique, par exemple, que les tarifs qui leur sont offerts n'ont pas augmenté depuis plus de 25 ans. Selon des études réalisées par la Profesional Writers’ Association of Canada (PWAC), l'équivalent canadien-anglais de l'AJIQ, la stagnation des tarifs équivaut, compte tenu de l'inflation, à une baisse nette de revenue de 163% en 30 ans. En 1979, les journalistes indépendants canadiens gagnaient en moyenne 25 000$ par an. En 1996, près de vingt ans plus tard, ce salaire avait augmenté de façon marginale, à 26 000$ (ce qui représente évidemment une baisse réelle, compte tenu de la hausse du coût de la vie). En 2006, après dix ans de convergence, de fusions parmi les grands éditeurs canadiens et de multiplateformes, ce salaire moyen avait baissé à 24 000$. Donnée troublante: 40% des journalistes sondées gagnaient moins de 10 000$ en pratiquant le journalisme.

Pour les journalistes indépendants, la seule façon de joindre les deux bouts est de travailler rapidement, en évitant les sujets qui nécessitent des recherches trop approfondies. Il est impensable, par exemple, de s'embarquer dans une enquête nécessitant plusieurs semaines de travail: à 75, 100 ou même 150$ du feuillet, la rémunération ne représenterait même pas le salaire minimum. De plus, par nécessité, les journalistes indépendants doivent souvent accepter des contrats dans des domaines (communications, relations publiques, etc.) qui les placent dans une situation problématique, d'un point de vue éthique. Ces conditions de misère poussent d'ailleurs beaucoup de journalistes brillants et talentueux à quitter pour d'autres domaines d'emploi qui n'ont aucun mal à les attirer, avec des salaires autrement plus intéressants: la recherche en radio et en télévision, la publicité, les communications d'entreprise, etc.

Le résultat direct de cette situation déplorable, c'est une dégradation de la qualité de l'information offerte à la population québécoise. Et donc, inévitablement, une dégradation de la santé de la vie démocratique chez nous. Cela est inacceptable, et c'est pourquoi l'AJIQ travaille ardemment à rétablir l'équilibre des forces, qui depuis trop longtemps est tout à l’avantage des éditeurs, au détriment des journalistes indépendants, et donc des citoyens.


Des solutions

L'AJIQ ne cherche pas à obtenir le gros lot pour les journalistes indépendants québécois. Elle désire seulement qu'on leur verse des tarifs décents, qui pourront garantir un niveau de vie convenable et une information de qualité. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. L'abus généralisé dont sont victimes les journalistes indépendants (au niveau des tarifs, bien sûr, mais aussi en ce qui a trait au droit d'auteur et même, de plus en plus, au droit moral) a un impact désastreux sur la qualité de leur travail.

La seule façon de corriger cette situation est de faire preuve de solidarité, de cesser de travailler à des tarifs abusifs et de forcer les éditeurs à verser des tarifs convenables aux journalistes indépendants. Trente années de gel des tarifs, c'est assez. La santé même de la démocratie québécoise dépend d'une meilleure rémunération des journalistes indépendants.

La Fédération internationale des journalistes estime qu'«il ne peut y avoir de véritable liberté de la presse lorsque les journalistes vivent dans la corruption, la peur et la pauvreté», et cet énoncé s'applique autant à Shawinigan qu'à Shangai.



Être membre de l'AJIQ,c'est la première façon de manifester notre indignationdevant les tarifs de misère offertsaux journalistes indépendants québécois.

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