Au-delà de « l’affaire David Desjardins »

Par 9 décembre 2015Actualités

Depuis plus d’un quart de siècle, l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) tire la sonnette d’alarme concernant la précarité accablante vécue par les journalistes pigistes.

 

La récente sortie de David Desjardins, chroniqueur-vedette au Devoir et collaborateur à L’actualité ainsi qu’à Radio-Canada, concernant son incapacité à gagner sa vie comme journaliste indépendant confirme que les choses continuent de se détériorer.

 

Vivre de la pige en 2015

 

Sans vouloir entrer dans les considérations déontologiques, qui ont fait l’objet de nombreuses réactions dans le milieu médiatique, nous croyons qu’il est toujours possible de gagner sa vie à la pige sans se placer en confit d’intérêts, mais que les conditions de travail des pigistes doivent s’améliorer de toute urgence.

 

Selon un sondage mené en 2013 auprès des membres de l’AJIQ, les pigistes déclarent des revenus totaux avoisinant les 37 000 $ par année, dont un peu plus de 25 000 $ en moyenne proviennent du journalisme.

 

Ceci dit, les revenus des journalistes pigistes régressent depuis plus de 30 ans, principalement en raison de la stagnation des tarifs payés par les entreprises de presse. De plus, depuis la fin des années 1990, les contrats abusifs se multiplient, forçant souvent les pigistes à céder leurs droits d’auteur, ce qui se traduit par la perte d’un revenu d’appoint. Dans ce contexte, la décision de David Desjardins de se consacrer au marketing de contenu, une forme controversée de publicité déguisée, n’est pas exceptionnelle.

 

Un sondage réalisé par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec en 2013 confirme d’ailleurs que près de deux journalistes professionnels sur cinq ont recours à d’autres sources de revenus. Bon nombre d’entre eux exercent ainsi des fonctions proscrites dans le guide de déontologie des journalistes du Québec, soit en communication, en publicité ou en relations publiques.

 

Des stratégies individuelles aux solutions collectives

 

Le milieu en convient largement, la précarité croissante mine l’indépendance journalistique.

 

Pour sortir de cette précarité, plusieurs journalistes choisissent de quitter la profession ou de s’adonner à des pratiques contrevenant à la déontologie. Ces stratégies individuelles, nous ne pouvons ni les encourager ouvertement ni les condamner sans nuance. Soulignons également qu’en matière de déontologie, les entreprises de presse ne sont pas exactement blanches comme neige, comme en témoignent l’importance grandissante que prennent les info-publicités dans les pages régulières ou les cahiers spéciaux de certains périodiques et la place qu’occupent des contenus commandités sur les petits et grands écrans.

 

Il nous faut aujourd’hui trouver des solutions collectives afin d’améliorer les conditions de travail des journalistes indépendants et de rehausser la qualité de l’information au Québec. La reconnaissance du droit à la négociation collective qui permettrait d’établir les barèmes minimaux de rémunération pour les journalistes pigistes est l’une de ces solutions. Le développement de solidarités entre salariés et pigistes au sein des rédactions et des salles de nouvelles des différents médias du Québec en est une autre. Par-dessus tout, il importe d’exiger dès maintenant la mise en place de mesures visant à promouvoir l’information indépendante et de qualité et à offrir des conditions de travail décentes aux artisans des médias d’information que sont les journalistes indépendants.

 

Simon Van Vliet, président de l’Association des journalistes indépendants du Québec

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