Dans les médias, une femme à la fois

Par 23 mars 2020Chroniques

Par Charles-Édouard Carrier

J’écris sur l’immobilier, l’entretien et la rénovation de maison depuis quelques années déjà. Je possède donc aujourd’hui un carnet de contacts bien garni, pour tous les sujets qui touchent de près ou de loin la propriété: entrepreneurs et métiers de la construction, courtiers et développeurs immobiliers, inspecteurs et évaluateurs en bâtiment, banquiers, assureurs, etc. Cependant, en parcourant des yeux les noms qui y figurent, une bien triste évidence m’est apparue: 9 fois sur 10, ces «experts» sont des hommes.

Il semble que mon carnet d’adresses ne soit pas le seul à ressembler davantage à un pool de hockey qu’à une feuille de présences en classe de secondaire 1. Une étude conduite par l’organisme canadien Informed Opinions révélait qu’à l’automne 2015, sur 1467 sujets d’actualités et entrevues recensés dans sept des plus grands médias canadiens d’information, 71% des intervenants consultés étaient des hommes.Oups! Surtout quand on sait qu’en 2019, Statistiques Canada dénombrait 18,9 M de femmes au pays, contre 18,7 M d’hommes.

Le boys club en prend un coup. Peu fier de ce constat sur ma pratique, j’ai tenté d’augmenter le nombre d’intervenantes dans mes textes. Une mission pas toujours facile. Non seulement lesgars sont rapides sur le téléphone quand vient le temps d’avoir «son nom dans le journal», il faut aussi dire que les algorithmes de recherche de Google semblent préférer Michel à Michèle. Les hommes demeurent en tête de liste grâce à leurs descriptions et biographies optimisées et gonflées aux keywords de numéros 1, de spécialistes, d’experts et de meilleurs vendeurs -parce qu’entre chums, on peut bien se dire qu’on est les top-. Puis s’ajoutent les articles encenseurs sur leurs réalisations antérieures et l’effet d’entrainement que d’avoir été sollicités et publiés plusieurs fois auparavant. Sur le web, c’est boys in the front, comme on dit.

En tant que journalistes, indépendants ou salariés, nous avons la chance de jouer unrôle déterminant dans la place qu’occuperont les femmes de demain. Un futur plus juste et inclusif, ça commence par une entrevue, puis deux, puis trois. Concrètement, ça veut aussi dire Léane ou Cassandra qui découvre, en lisant mon dernier papier sur les reprises de finance, que des inspectrices en bâtiment qui développent une expertise pour les maisons délabrées qui nécessitent des rénosmajeures, ça existe. Un modèle qui sera peut-être suffisant pour motiver Léane ou Cassandra à concrétiser son envie de travailler en construction.

Il existe plusieurs ressources en ligne qui regroupent des expertes dans tous les domaines. Je profite donc du fait que la Journée internationale des femmes est à nos portes pour présenter trois plateformes qui voient plus loin que le bout de leurs mots-clés.

Femmes Expertes Un annuaire d’expertes conçu ici par Laura Shine et Maïka Sondarjee. Elles se sont donné comme objectif, avec des outils comme Femmes Expertes, l’atteinte de la parité dans les médias canadiens d’ici 2025. https://femmesexpertes.ca/

Expertes Francophones Des expertes à l’internationale, regroupées dans une plate-forme de recherche disponible en ligne depuis 2017. Le projet est soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie et la Fondation Chanel. https://expertesfrancophones.org/

Expert@ Le répertoire propose plus de350 expert·e·s universitaires et des milieux de pratiquesdans le domaine des études féministes, de genre et sur les femmes. Expert@ est né d’une collaboration entre le Réseau québécois en études féministes (RéQEF) et le Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF).http://cdeacf.ca/reqef/experta

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